Les banques soupçonnées de manipuler les taux de change

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Les banques soupçonnées de manipuler les taux de change
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DECRYPTAGE - Les autorités financières américaines et européennes se penchent sur les pratiques de certaines banques sur le marché des devises.

Après les subprimes et le Libor, un nouveau scandale pourrait secouer le secteur bancaire mondial. De nombreuses banques sont soupçonnées d’avoir manipulé les taux de change. Citigroup et JPMorgan ont annoncé vendredi être dans le collimateur de la justice aux Etats-Unis. D’autres banques ont déjà été mises en cause pour des pratiques similaires en Europe. Les autorités souhaitent remettre un peu d’ordre dans un business très peu régulé. Mais le jeu en vaut la chandelle pour les banques : le marché des devises pèse 5.300 milliards de dollars… par jour.

>> Le marché des changes, comment ça marche ?

Que sont les taux de change ? La monnaie est un bien presque comme un autre. Et comme tout bien, elle a un prix. Le prix d’une devise, exprimé dans une autre est appelé le taux de change. Ce phénomène est bien connu des voyageurs qui convertissent leur monnaie dans celle du pays où ils se trouvent.  Les banques, elles, ont un marché virtuel pour cela. Les devises sont échangées en fonction de leur prix, qui dépend de l’offre et de la demande, de leur quantité etc. Le prix des devises est dit flottant sur ce marché.

Comment fonctionne ce marché ? Les monnaies ont un indicateur de référence : le taux WM/Reuters. Ce taux est une valeur de référence qui donne le prix des devises. Il est calculé automatiquement en fonction des volumes d’échange de chaque monnaie côtés et renouvelée toutes les 60 secondes. Or, si les volumes échangés sont insuffisant pour afficher la nouvelle valeur, le taux est calculé en fonction de la moyenne des offres de ventes et d’achats de devises. C’est à ce moment-là que les banques peuvent peser de tout leur poids pour gagner gros.

>> Que reproche-t-on aux banques ?

Une minute pour changer les règles. Au moment où le taux WM/Reteurs est calculé sur l’offre et la demande, les traders se mettent en branlent. La spéculation atteint des sommets, avec comme objectif de faire monter ou baisser le taux en fonction des ordres qu’ils reçoivent et dégager ainsi de larges revenus. Pour cela, ils investissent massivement dans une monnaie afin que son prix s’envole face à une autre. C’est cette pratique que les régulateurs veulent éviter. Les banques, sous pression après les différentes crises, tiennent à montrer patte blanche. Elles assurent coopérer avec les autorités et certaines mènent des enquêtes en interne. Afin de se dédouaner, des établissements rejettent la responsabilité sur leurs traders. Barklays en a mis plusieurs à pied plusieurs, alors que Standard Chartered, JPMorgan et Citigroup, les ont mis en congé forcé.

L’objectif n’est pas de faire trembler l’économie de tel ou tel pays en faisant baisser sa monnaie. Le but est purement mercantile : en jouant sur les monnaies, les banques peuvent influencer d’autres marchés. Le taux WM/Reuters est utilisé chaque jour par les gestionnaires de fonds pour calculer la valeur de leurs participations dans des entreprises ou par les indices boursiers (comme le CAC40, le FTSE ou le Nasdaq) pour connaître la valeur des obligations (dette des Etats) qu’ils stockent. Or, quand une monnaie s’apprécie, c’est tout le portefeuille des valeurs qui est revalorisé. Surtout si les investisseurs ne respectent pas les taux. Le moindre mouvement peut donc fortement faire varier le prix des actions et des fonds (retraites, épargne). 

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