Les Antilles, deux ans après la crise

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Les Antilles, deux ans après la crise
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Le LKP prenait la tête d’un mouvement contre la vie chère en 2008, la crise n’a rien arrangé.

Février 2009. Le malaise général s’exprime en Guadeloupe puis en Martinique à travers un mouvement de grève qui dure 44 jours, et des manifestations contre le coût de la vie. Nicolas Sarkozy propose alors le 19 février 2009 des Etats généraux de l’Outre-mer.

Le président de la République se rend vendredi aux Antilles pour un voyage de trois jours. L’occasion de dresser, deux ans plus tard, un bilan de la situation économique dans les deux régions-départements de Martinique et de Guadeloupe.

Le dialogue reste difficile

Et le malaise persiste. “Bien évidemment, il y a eu des avancées (sur les prix), mais on se rend compte qu’il y a eu volte-face sur le RSA, les bénéficiaires sont moins nombreux que prévu, l’aide aux retraités, les augmentations de salaire (trop limitées)", dénonce Elie Domota, syndicaliste et porte-parole du LKP, à la pointe du mouvement de grève en 2009. Et d’énumérer les questions qui n’ont pas été réglées : chômage, formation, logement, transport, gestion de l’eau, taxes, soutien aux PME…

“Aucun dispositif prévu par les Etats généraux n’a vu le jour“, regrette Elie Domota. “Mais on ne peut pas faire de bilan, depuis neuf mois nous demandons en vain une réunion avec les présidents du Conseil général et du Conseil régional, et le préfet nous ignore“, assure le porte-parole du LKP.

“Tout le monde est en tension à cause de la situation économique, tant les employeurs que les employés“, reconnaît Manuel Beaudouin, le nouveau président de la Chambre de commerce et d’industrie de Martinique. “Nous faisons notre maximum pour aller vers plus de dialogue et de transparence“, poursuit-il, tout en écartant les craintes d’un regain de tension lié aux échéances politiques en 2012.

La vie chère persiste

Du côté de la consommation, les prix alimentaires pratiqués dans la grande distribution restent 84% plus élevés en Martinique qu'en métropole, selon une enquête du magazine Linéairesde janvier. Cette enquête, menée en décembre 2010 dans cinq des huit hypers de l’île, montre que l’arrivée d’une nouvelle enseigne, Leclerc, n’a pas changé la donne. Ses prix, en moyenne 6% inférieurs à ceux de ses concurrents, n’ont pas entraîné de baisse généralisée.

La différence est “de 30 à 35% dans l’alimentaire“, estime de son côté Manuel Beaudouin, tout en reconnaissant “que des progrès restent à faire, notamment dans la logistique“. “Rien n’a changé au niveau des prix. En France, ils ont augmenté de 1,6%, dans les Dom-Tom de 2,3%, en Guadeloupe de 4,2%“, dénonce, lui, Elie Domota, en citant les chiffres de l'Iedom. L'Insee a néanmoins observé une légère baisse des prix en fin d'année 2010, de l'ordre de -0,2% en novembre.

Chômage endémique chez les jeunes

“Comme en Guadeloupe et en Guyane, la majorité des 15-64 ans ne travaillent pas : le taux d’emploi s’établit à 48,7 %“ en Martinique, selon la dernière synthèse annuelle de l’Insee. En Guadeloupe, le bilan est aussi inquiétant : “Seulement un jeune sur douze est en emploi. Le taux de chômage des 15-24 ans s’envole à 60 %“en 2009, toujours selon l’Insee.

Le chômage s’est légèrement tassé en 2010 et la Guadeloupe a connu une reprise économique en fin d’année, mais cette dernière reste "fragile" et "ne suffit pas à inverser la courbe du chômage", selon l'Institut d'émission des départements d'outre-mer. La situation reste néanmoins tendue puisque beaucoup de chômeurs vont bientôt arriver en fin de droit.

Le tourisme, fer de lance des Antilles

Le tourisme reste le principal débouché économique, un dossier que doit évoquer Nicolas Sarkozy lors de sa visite. “Tout le monde se rend compte que le tourisme est un enjeu central“, se félicite Manuel Beaudouin, tout en soulignant qu’il faut se diversifier, la majorité des touristes venant de l’Hexagone. Refonte des transports, offre hôtelière de meilleure qualité et valorisation de la production locale seront donc les principaux dossiers évoqués.