Le travail coûte-t-il trop cher en France ?

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Le travail coûte-t-il trop cher en France ?
PSA Peugeot Citroën va supprimer 8.000 emplois en France.@ MAXPPP
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Le patron de PSA Philippe Varin appelle à une réduction "massive" du cout du travail. À raison ?

Payer un salarié coûte-t-il-trop cher en France ? Pour beaucoup, c'est une évidence. Et cela explique les difficultés financières des entreprises hexagonales. "Nous avons le coût du travail le plus cher en Europe", a ainsi déploré vendredi matin sur RTL le président du directoire de PSA Peugeot Citroën, Philippe Varin, dont le groupe a annoncé jeudi un plan de suppression de 8.000 postes en France.  Le président du groupe automobile réclame ainsi une baisse "massive" du coût du travail pour éviter de nouveaux sinistres sociaux en France.

Réponse immédiate du gouvernement, par la voix de Jean-Marc Ayrault : "ce serait un peu facile que le PDG de cette entreprise se défausse en disant : traitez la question du coût du travail, et tout sera résolu". Sans nier le problème, la nouvelle majorité estime que les difficultés de nos entreprises sont loin de se limiter à cela. Qu'en est-il vraiment? Diagnostic.

Qu'entend-t-on par coût du travail? On désigne en général par coût du travail un indice qui agrège les coûts salariaux et non salariaux - cotisations sociales patronales, impôts -, en retranchant les subventions publiques. Plusieurs instituts le mesurent, avec des critères légèrement variables, certains prenant aussi en compte les coûts de recrutement ou de formation, rendant ainsi délicates les comparaisons.

 Le coût du travail est-il particulièrement élevé en France? Si on se réfère aux dernières données d'Eurostat, le coût horaire du travail en 2011 en France était 12% supérieur à celui de son voisin allemand, à 34,20 euros. La moyenne européenne se situe à 23,10 euros, masquant de forts écarts (de 3,50 euros en Bulgarie à 39,30 euros en Belgique, au premier rang des pays de l'Union).

Ce différentiel s'explique notamment par la modération salariale pratiquée outre-Rhin et l'absence de salaire minimum généralisé (alors que le Smic français est un des plus élevés de la zone OCDE). Mais aussi par une réduction en 2007 du taux de cotisation patronale équivalent à 1 point de TVA, alors qu'en France la protection sociale continue de peser essentiellement sur les revenus d'activité.

Une usine d'assemblage de BMW, à Berlin.

© Reuters

Pour maintenir le niveau de protection sociale à la française avec un nombre croissant et vieillissant d’assurés, il a fallu augmenter les cotisations des entreprises. Selon un rapport du Trésor cité par Le Monde.fr, celles-ci représentent environ 43,75% du salaire brut en France.

A noter que ce coût du travail a connu entre 2001 et 2011 une forte augmentation en France (+39,2%), alors que l'Allemagne observait la plus faible progression de toute l'UE (+19,4%), selon Destatis, l'office allemand de la statistique.

Les coûts seraient en revanche comparables dans l'industrie (autour de 33 euros), plaçant Paris et Berlin dans le groupe à fort coût, selon une étude de l'Insee portant sur la période 1996-2008.

Alléger le coût du travail résoudrait-il le problème de la compétitivité, et donc du chômage? Un grand nombre d'experts préconisent une baisse massive des charges pesant sur le travail. "Les pays comparables, qui ont eu des problèmes de compétitivité il y a une dizaine d'années, ont massivement transféré les charges qui pesaient sur le travail vers le revenu ou la consommation, créant un 'choc d'offre'. Ils sont ainsi parvenus à redresser leur compétitivité", affirme l'économiste Elie Cohen, citant la Suède, le Danemark et l'Allemagne.

Mais le sujet fait débat, notamment entre patronat et syndicats. Le patronat en fait une priorité. Mais les syndicats refusent de résumer la compétitivité au coût du travail, et incitent à miser davantage sur l'innovation, la qualité et le savoir-faire de la main-d'œuvre ainsi que la formation pour améliorer la compétitivité sans diminuer les salaires ou les charges des entreprises destinées à financer la protection sociale.

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© REUTERS

"A long terme, l'enseignement et la recherche sont indispensables, mais à court terme, un choc d'offre – et donc une diminution du cout du travail - est le seul moyen de stimuler la compétitivité", et donc l'emploi, estime Elie Cohen. Jean-Luc Gaffard, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques cité par FranceTV , estime quant à lui que régler le seul problème du coût du travail en France ne suffit pas : "le problème est intra-européen. Les politiques d’austérité affaiblissent la demande et aggravent la crise."

Que prévoit le pouvoir en place ? Le gouvernement a confié à l'ancien président d'EADS, Louis Gallois, une mission sur la compétitivité des entreprises pour préparer la mise en œuvre de mesures avant la fin de l'année. Il a par ailleurs annoncé que le financement de la protection sociale serait réformé en 2013, un moyen de déplacer une partie des prélèvements du travail vers une autre assiette. L'augmentation de la CSG fait parti des options.

Mais l'exécutif refuse de ne se concentrer que sur le coût du travail. Pendant la campagne, François Hollande a par exemple formulé le souhait de relancer l'investissement sur les PME, pour qu'elles se développent à l'international. La future Banque publique d'investissement doit en partie en remplir la mission. Il est aussi question de se servir de l'épargne des Français pour investir.

Plus largement, François Hollande insiste pour mener une politique de relance de la croissance par l'investissement au niveau de  l'Europe. C'est le sens du "pacte de la croissance" signé en juin par les pays de la zone euro.

Que prévoit l'opposition ?  L'UMP milite pour un retour d'une mesure phare de la campagne Sarkozy : la TVA sociale, soit une hausse de la taxe sur la consommation pour compenser un fort allègement des cotisations sociales payées par les entreprises.

Nicolas Sarkozy à Marseille

© REUTERS

Varin a-t-il raison de pointer du doigt le coût du travail ? Même si le coût du travail reste élevé en France, il serait un "peu facile", comme le dit Jean-Marc Ayrault, de s'en servir comme excuse pour PSA. Ventes en berne, présence timide à l'étranger, décisions stratégiques trop tardives et attentisme expliquent en grande partie les difficultés du constructeur (lire notre analyse détaillée).