Comment éviter une utilisation commerciale du slogan JeSuisCharlie ?

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Comment éviter une utilisation commerciale du slogan JeSuisCharlie ?
@ Piroschka van de Wouw/ANP/AFP
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PRÉCAUTION - Redoutant une utilisation commerciale de cette formule, son inventeur cherche une parade.

L'inventeur de "Je suis Charlie", le designer Joachim Roncin, ne supporte pas de voir proliférer les objets estampillés de son slogan. Ce qui n'était qu'un geste désintéressé à l'origine pourrait donc devenir une source de revenus contre son gré. Ce dernier va donc étudier les moyens à sa disposition pour faire arrêter toute exploitation commerciale de son slogan, a précisé jeudi soir son avocate.

"Joachim Roncin va se baser sur son droit d'auteur pour tenter de maîtriser la diffusion et pour essayer de conserver le message initial intact", a déclaré Me Myriam Witukiewicz-Sebban, à propos de ce slogan qui a fait le tour du monde après l'attentat djihadiste contre le journal satirique Charlie Hebdo, la semaine dernière à Paris. Une précaution tout à fait fondée au regard des tentatives d'appropriation de cette formule.

"Ca dévalorise profondément le sens et le message initial". "Franchement, je suis choqué par tout ce qui se passe avec les gens qui veulent faire du commerce. Je pense que ça dévalorise profondément le sens et le message initial de ce slogan", a-t-il réagi. "En ce moment, je travaille avec les avocats sur les actions à mettre en place pour lutter autant que possible contre cette récupération. Parce qu'une chose est sûre: beaucoup de gens disent que les bénéfices iront à Charlie hebdo, aux associations, mais il faut savoir si c'est vrai ou pas". Cette démarche, ont précisé Roncin et son avocat, sera conduite en coordination avec Charlie Hebdo.       

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© RICHARD BOUHET / AFP

Certains tentent de déposer la marque. Depuis les attentats ayant visé la rédaction du journal Charlie Hebdo mercredi dernier, un slogan et un logo se sont imposés : la phrase "Je suis Charlie", écrite noir sur blanc en reprenant la typographie de l’hebdomadaire satirique. Face à un tel succès, de nombreuses personnes ont tenté de transformer cette formule en marque.

"Depuis le 7 janvier, l'INPI a reçu de nombreuses demandes de marques ‘Je suis Charlie’, ou faisant référence à ce slogan", et l'institut "a pris la décision de ne pas enregistrer ces demandes de marques, car elles ne répondent pas au critère de caractère distinctif", souligne le communiqué de l’INPI.

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© PHILIPPE DESMAZES/AFP

Pourquoi déposer la marque "Je suis Charlie" ? Tant qu’une marque ou un slogan ne sont pas déposés auprès de l’INPI, chacun peut l’utiliser comme bon lui semble. Mais dès qu’une marque est déposée, il est interdit de l’exploiter sans l’accord de son propriétaire. Ce dernier peut alors demander de l’argent pour autoriser son utilisation.

"En déposant votre marque à l’INPI, vous obtenez un monopole d’exploitation sur le territoire français pour 10 ans, renouvelable indéfiniment. Vous êtes ainsi le seul à pouvoir l’utiliser, ce qui permet de mieux commercialiser et promouvoir vos produits et services. Vous pouvez vous défendre en poursuivant en justice toute personne qui, notamment, imiterait ou utiliserait aussi votre marque", précise l'INPI.

Face à l’apparition massive de t-shirts, autocollants et autres badges, certains ont donc flairé le filon et ont tenté de s’accaparer cette formule pour en faire une marque, et donc gagner de l’argent. Sauf que pour déposer une marque, il faut passer par l’INPI et ce dernier a décidé de ne pas transiger.

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Une formule qui appartient à la communauté nationale. "Ce slogan ne peut pas être capté par un acteur économique du fait de sa large utilisation par la collectivité", explique l'Inpi dans un communiqué. D’autant plus que l’inventeur de la formule et du visuel sur fond noir, Joachim Roncin, a dès le départ précisé que "le message et l'image sont libres de toute utilisation. En revanche je regretterais toute utilisation mercantile".

Plusieurs plateformes de commerces en ligne ont d’ailleurs commencé à serrer les vis : Ebay et Amazon se sont engagées à reverser leurs commissions à l'hebdomadaire, quand d'autres ont purement et simplement retiré ces produits de leurs boutiques en ligne.

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