Le quadruple défi d'un Paris sans voiture à essence en 2030

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Pour que les voitures à essence ne roulent plus à Paris en 2030, la filière automobile va devoir faire de nombreux efforts. Elle n'est pas la seule.

Disons-le d'entrée, l'objectif de limiter les voitures pour limiter la pollution est un bon objectif. Mais l'horizon de 2030 pour une ville de Paris désertée par les voitures électriques est jugé par beaucoup comme trop proche. Un défenseur de cette mesure le reconnaissait jeudi à demi-mot : "Si on n'est pas ambitieux, on reculera toujours." Du coté des opposants, l'un d'eux affirmait que cet objectif n'était "ni tenable, ni raisonnable". 

La question du coût des voitures électriques. Voici quelques données pour se faire un avis : la durée de vie moyenne d'une voiture est de huit ans et neuf mois en France. Mais dans 13 ans, une bonne partie des voitures achetées en ce moment seront très logiquement encore en circulation. Il va donc falloir aider financièrement les Parisiens dès maintenant pour qu'ils changent de voitures. Une voiture électrique comme la Zoé de Renault coûte encore aujourd'hui environ 13.000 euros et encore, si le bonus de la prime à la conversion est à son maximum. C'est beaucoup, surtout quand on sait que le budget moyen pour acheter une voiture était l'an dernier de 5.883 euros selon l'Automobile Club Association. 

Quid des bornes de recharge ? Le problème de la recharge de la voiture est aussi préoccupant. On estime que quatre Parisiens sur dix possèdent une voiture, ce qui fait près de 900.000 voitures en circulation. Là se pose un problème : si elles sont toutes électriques, il faut les recharger grâce à des bornes. Aujourd'hui, il y en a seulement quelques centaines dans Paris. Un déploiement massif coûterait beaucoup d'argent. Qui va les payer ? Une autre question se pose dans la foulée : où sera-t-il possible de recharger les voitures ? Les centre-villes comme Paris comptent peu de garages individuels ou même collectifs sous les immeubles. Si cette question est réglée, c'est le problème de la capacité énergétique qui se posera. Le parc électrique est-il suffisant pour tenir si tout le monde branche sa voiture à la même heure le soir ? EDF est très inquiet à ce sujet.

Le réseau de transports au centre des interrogations. Mais il y a fort à parier, et c'est l'objectif, que beaucoup renoncent à leur voiture. Le défi sera donc de mettre sur pied en même temps un réseau de transport en commun beaucoup plus efficace qu'aujourd'hui. Demain, la voiture sera sûrement beaucoup plus partagée. On aura sûrement beaucoup moins de voitures personnelles. On est à l'aube d'une transformation majeure de la mobilité.

Des batteries à mieux recycler. Mais le fait de pousser l'électrique soulève encore d'autres questions. Cela va par exemple obliger les constructeurs à travailler sur des batteries plus efficaces. Ce qui n'est pas sans poser de grosses questions environnementales aussi, car les batteries électriques utilisent des métaux rares difficiles à extraire et surtout que l'on ne sait pas encore recycler. C'est pour cela que certains avancent l'idée de mixer les technologies. Les Indonésiens et les Brésiliens, par exemple, misent davantage sur les biocarburants. Une solution pour tenir l'objectif 2030 ?

Le marché encore balbutiant de l'électrique en France

En fixant à 2030 l'échéance d'un Paris sans voiture à essence, Anne Hidlago mise sur une filière électrique suffisamment développée pour assurer une transition douce. Mais comme le souligne Emmanuel Duteil dans sa chronique, remplacer les automobiles actuelles par des véhicules propres est un chantier colossal au regard de la situation actuelle. D'abord parce que le parc électrique actuel est très petit : on compte aujourd'hui un peu plus de 100.000 véhicules électriques immatriculés en France, contre 32 millions de véhicules particuliers qui roulent à l'essence ou au diesel.

Une goutte d'eau, avec un marché outrageusement dominé par la Renault Zoé, qui représente à elle seule 52% des immatriculations en septembre, selon l'Association nationale pour le développement de la mobilité électrique. On aurait pourtant tort de voir le verre complètement vide : d'après le même organisme, "on compte 22.845 immatriculations de véhicules électriques en 2017, soit +13,8% par rapport à la même période en 2016". Si la hausse se confirme année après année, on aurait plus de 125.000 immatriculations en 2030, à la même période. Pas de quoi remplacer le parc actuel, mais avec une fiscalité plus incitative et un coût plus faible pour les acheteurs de véhicules électriques, les chiffres pourraient augmenter.