Le monde est-il à l’aube d’une nouvelle crise financière ?

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Le monde est-il à l’aube d’une nouvelle crise financière ?
@ ODD ANDERSEN / AFP
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ORACLE - Le spéculateur George Soros, qui avait tiré la sonnette d’alarme avant la crise de 2008, estime que tous les ingrédients d’une nouvelle dépression sont réunis.

"Quand je regarde les marchés financiers, je vois une situation sérieuse qui me rappelle la crise que nous avons eue en 2008". Cette phrase pourrait être l’œuvre d’un économiste parmi d’autres et passer inaperçue, sauf qu’elle a été prononcée par George Soros et a donc été plus que remarquée. Et pour cause : connu pour son flair, ce financier milliardaire avait tiré la sonnette d’alarme juste avant que n’éclate la crise de 2008. On n’est pas obligé de le croire mais il est toujours utile de prêter une oreille attentive à ses déclarations.

George Soros, sulfureux gourou de la finance. Spéculateur américain devenu célèbre en 1992 pour avoir fait chuter la monnaie britannique et ainsi empoché des centaines de millions de dollars, George Soros est un homme très écouté. D’abord parce qu’il est l’un des pères de la finance contemporaine - il a contribué à l’essor des hedge funds modernes-, ensuite parce qu’il avait tiré la sonnette d’alarme juste avant la précédente grande crise mondiale en 2008. Le financier est donc autant détesté que respecté et aurait même inspiré certains personnages de fiction : les similitudes sont nombreuses avec Dominic Greene, le méchant financier dans "Quantum Solace", 22e opus de la saga James Bond. Surtout lorsqu’on sait que son premier fond d’investissement s’appelle… Quantum Fund.

"Cela équivaut à une crise et nous en sommes au début". A l’image du bien moins sulfureux Warren Buffet, George Soros est donc fréquemment invité à des tables rondes et participait jeudi à un forum d'investisseurs à Colombo au Sri Lanka. Un rendez-vous au cours duquel il a pronostiqué une sortie de route de l’économie mondiale.

"Malheureusement, la Chine a un très gros problème d'ajustement, a de nombreux choix à faire et peut transférer ses problèmes au reste du monde en dévaluant sa monnaie et c'est ce qu'elle fait", a mis en garde le milliardaire américain. "Nous faisons face à un très grave problème d'ajustement qui est assez récent et je dirais que cela équivaut à une crise et nous en sommes au début. (…) Quand je regarde les marchés financiers, je vois une situation sérieuse qui me rappelle la crise que nous avons eue en 2008". Et le financier d’ajouter qu’il a demandé à ses employés de se montrer "très très prudents" lors de leurs prochains placements financiers.

Ces nuages qui s’accumulent et font redouter le pire. Pour justifier son inquiétude, George Soros met en exergue les difficultés de la Chine, qui sont nombreuses. L’Empire du Milieu doit non seulement gérer le ralentissement de l’économie mondiale, dont il est très dépendant, et la transition vers un modèle basé sur la consommation intérieure, censé justement lui permettre d’être moins dépendant de la conjoncture internationale. Une mue qui se fait dans la douleur, comme l’ont montré les soubresauts des bourses chinoises et les dévaluations surprises de sa monnaie, le yuan. Et pour ne rien arranger, la fiabilité des statistiques officielles chinoises ne s’améliore pas, rendant les marchés un peu plus fébriles.

Un tableau sombre qu’on pourrait compléter par d’autres signaux d’alerte : les prix historiquement bas du pétrole qui, s’ils permettent aux pays consommateurs d’alléger leur facture énergétique, sont un indicateur du ralentissement de l’économie mondiale. On peut également y ajouter le regain de tensions géopolitiques dans des zones centrales pour le monde des affaires : entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, entre l’Europe et la Russie ou encore entre la Corée du Nord et le tandem Japon - Etats-Unis.

S’y ajoutent les difficultés des pays émergents, les alertes du FMI sur la croissance mondiale, ou encore le fait que les banques centrales ont déjà épuisé toutes leurs cartouches pour soutenir la reprise économique et n’ont donc plus beaucoup de marge de manœuvre en cas de nouvelle crise. Sans oublier que la financiarisation de l’économie s’est poursuivie depuis 2008, ce dont George Soros ne peut pas se plaindre, sauf qu’elle aggraverait la propagation d’une nouvelle crise financière à l’économie réelle.