"Le malaise est profond" dans le monde agricole

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INTERVIEW - François Purseigle, ingénieur en agriculture et sociologue spécialiste du monde agricole, revient sur les origines de la crise que traverse actuellement l'agriculture française.

INTERVIEW

Le monde agricole est en crise et les Parisiens ne peuvent l'ignorer : des milliers d'agriculteurs se sont invités jeudi dans la capitale afin d'organiser une manifestation ponctuée de plus de 1.000 tracteurs. Menés par le syndicat FNSEA, les agriculteurs réclament une réduction des contraintes - qu'elles soient sociales ou environnementales - et un nouveau plan d'aide. Pour mieux comprendre la crise actuelle, Europe 1 a interrogé François Purseigle, ingénieur en agriculture et sociologue spécialiste du monde agricole. L'auteur de l'ouvrage Sociologie des mondes agricoles revient sur les raisons de la crise actuelle.

Pourquoi les agriculteurs manifestent-ils ?

François Purseigle : "Pour de multiples raisons, pas uniquement pour des crises économiques : parce que le malaise est profond, parce qu’ils sont sapés dans leur fondement profond, il y a un malaise identitaire. Les pratiques agricoles sont de plus en plus controversées, notamment dans le secteur de l’élevage. Il faut constamment s’expliquer. On a des enfants d’agriculteurs qui ne veulent plus forcément reprendre les exploitations et cela est difficile à vivre : il est difficile de traverser des crises quand les gamins ne veulent pas forcément reprendre les exploitations.

On a aussi des paysans qui ont des revenus très, très faibles : l’Insee le montre, c’est parmi les agriculteurs qu’on a les actifs qui touchent les revenus les plus faibles et notamment des revenus en-dessous du Smic. Le revenu moyen, c’est 24.000 euros par an mais les disparités sont très très grandes".

Les agriculteurs ont-ils suffisamment anticipé les évolutions du secteur ?

F.P. : "Ils n’ont eu de cesse de s’adapter mais c’est vrai que qu'il est difficile de s’adapter une nouvelle fois. Par contre, on peut se poser une question d’une capacité à anticiper sur les normes environnementales.  Peut-être que d’autres ont anticipé davantage et les conditions d’exploitations ne sont pas les mêmes. (...) La libéralisation de certains secteurs, et notamment du secteur laitier, contribue au malaise et aux difficultés. Et c’est vrai que contrairement à d’autres pays, la France n’est peut-être pas préparée à cette libéralisation, notamment en termes de structures d’exploitation : c’est-à-dire en termes de taille, de capacité à affronter les marchés mondiaux".

La crise actuelle est-elle uniquement franco-française ?

F.P. : "Je pense que c’est une crise mondiale : les agricultures sont traversées à la fois par des processus de financiarisation et de paupérisation. Quels que soient les pays,  les agriculteurs sont confrontés à ces grands bouleversements que la financiarisation et le phénomène de paupérisation, de précarisation des populations agricoles. C’est vrai en Allemagne, c’est vrai en Espagne mais aussi dans les pays d’Amérique du Sud".