Le cri des "poussins" auto-entrepreneurs

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Le cri des "poussins" auto-entrepreneurs
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Le mouvement prend de l'ampleur pour protester contre la réforme du statut d'auto-entrepreneur.

Né il y a quelques semaines sur Internet, le mouvement des "poussins", ces auto-entrepreneurs qui protestent contre la réforme de leur statut, prend de l'ampleur. En l'espace de trois jours, le nombre de signataires de la pétition a doublé, et rassemble désormais plus de 23.000 soutiens. "Nous avons reçu des milliers de témoignages", affirme ainsi Ludovic Badeau, l'un des porte-parole du mouvement,  interrogé par Europe 1, qui craint que beaucoup n'aient pas d'autre choix que d'abandonner leur projet.

Les raisons de cette mobilisation. Au cœur de la contestation, le projet de réforme de l'auto-entreprise, annoncé il y a quelques semaines par Sylvia Pinel, la ministre chargée de l'Artisanat. Celle-ci souhaite en effet restreindre les conditions d'exercice des auto-entrepreneurs, afin de les pousser à adopter un statut de "vraie" entreprise, SARL ou autre. Dans les faits, quelqu'un qui créerait son auto-entreprise à titre d'activité principale ne pourrait conserver le statut que pendant deux ans maximum, avant de créer une entreprise normale. De même, un auto-entrepreneur qui exercerait à titre secondaire serait limité à un chiffre d'affaire de 10.000 euros maximum.

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Un projet "incohérent". Une différence de traitement qui fait enrager les défenseurs du statut. "On est dans une incohérence incroyable !", dénonce Ludovic Badeau. "Si vous êtes chômeur et que vous créez votre auto-entreprise, vous pourrez la conserver pendant deux ans. Ensuite, si vous n'êtes pas viable économiquement car vous ne gagnez que 10.000 euros, vous retournerez au Pôle Emploi. Par contre, si vous êtes en CDI, que vous avez déjà un revenu fixe, votre activité complémentaire, vous pourrez la garder sans limitation de temps", souligne-t-il.

D'autant que deux ans pour monter son entreprise en partant de rien, c'est très court. Adrien Sergent, initiateur et porte-parole des "poussins", raconte ainsi son cas personnel à Europe1.fr. "Je suis auto-entrepreneur depuis fin 2009. Là mon activité décolle, je peux envisager de transformer mon auto-entreprise en SARL. Mais il m'a fallu plus de trois ans pour y arriver. Avec les limitations demandées par Mme Pinel, j'aurais dû abandonner en 2011".

Les poussins auto-entrepreneurs, 930*620

© CAPTURE D'ECRAN

"Le plus grand plan social". Les détracteurs du projet de Sylvia Pinel dénoncent également les conséquences qu'aurait la mise en œuvre de cette réforme. "Créer une SARL, c'est très coûteux, vous avez des charges fixes importantes, des impôts locaux, etc.", explique Adrien Sergent, qui craint donc que beaucoup d'auto-entreprises n'aient pas les moyens de supporter ces coûts. "Il y a un million d'auto-entrepreneurs. Si 5 % doivent jeter l'éponge pour des questions de timing, cela fera 50.000 chômeurs de plus. Le plus grand plan social depuis longtemps", s'inquiète-t-il. Sans compter que les auto-entrepreneurs font rentrer de l'argent dans les caisses de l'Etat : un milliard d'euros l'an dernier. "Peut-on vraiment se passer de cet argent, aujourd'hui ?", s'interroge encore Adrien Sergent.

Ayrault ne veut plus d'auto-entreprises du bâtiment. De son côté, Jean-Marc Ayrault doit également faire face à un autre front : les professionnels du bâtiment dénoncent en effet depuis plusieurs mois une concurrence déloyale des auto-entrepreneurs. Afin de contenter tout le monde, le Premier ministre a annoncé vendredi que la réforme de l'auto-entreprise ne concernerait que ce secteur d'activité.

Ce qui ne satisfait pas pour autant les initiateurs du mouvement : " Les organisations du bâtiment parlent régulièrement de concurrence déloyale. Mais à en croire le rapport de l'IGF, ce phénomène est résiduel", affirme Ludovic Badeau. "Les auto-entrepreneurs n'ont pas à payer pour quelques cas isolés", martèle de son côté Adrien Sergent.