La nouvelle TVA à 7% vire au casse-tête

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La nouvelle TVA à 7% vire au casse-tête
L'application de la nouvelle TVA à 7% en 2012 vire au casse-tête pour nombre de professionnels.@ MAXPPP
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POLEMIQUE DU JOUR - Les commerçants ne savent pas comment l’appliquer et hésitent à la répercuter.

Le nouveau taux de TVA à 7%, en remplacement du taux de 5,5% s'applique depuis le 1er janvier à un grand nombre de produits et services. Parmi eux : la restauration, les travaux dans les logements, les livres, certains spectacles, l'hébergement, les titres de transport, les cantines d'entreprises ou encore les sandwiches. Sont en effet concernés les produits alimentaires consommés sur place, comme dans les boulangeries.

Et ce dernier secteur est révélateur de la complexité du dispositif puisque les boulangers doivent jongler, depuis dimanche, avec trois taux de TVA selon les produits qu'ils vendent.

Les boulangers dans le flou

Un boulanger parisien interrogé par Europe 1 prend l’exemple d’une formule à 9 euros. "Vous avez une salade composée. S’il n’y a pas de couverts, ce sera à 5,5%, s’il y a des couverts, ce sera à 7. Ensuite, la canette passe à 7% et pour le dessert au choix, je pense qu’il sera à 5,5%", explique-t-il. "On est dans le flou le plus complet. On ne sait pas comment on doit appliquer ça", confie le commerçant.

"C’est sur notre marge que ça va être rogné" : 

 

"On a peut-être 300 sortes de produits différents tous les jours, donc il y a plein de produits qui vont passer à 7% et qu’on ne va pas augmenter, c’est clair", poursuit-il. Conséquence : "c’est sur notre marge que ça va être rogné", regrette déjà ce boulanger.

Les commerçants hésitent à répercuter

Mais contrairement à ce boulanger, un certain nombre de secteurs ont d’ores et déjà annoncé qu'ils répercuteraient la totalité de la hausse sur le prix final. C'est le cas des transports en commun en Ile-de-France et dans un certain nombre de régions de province, mais aussi de la SNCF. La compagnie ferroviaire a annoncé la semaine dernière une augmentation de 3,2% de ses prix pour le TGV, les trains Téoz et Lunéa à compter du 3 janvier. Cette hausse inclut le rattrapage de l'inflation, qui intervient chaque année, mais également  la hausse de la TVA.

Dans d’autres secteurs, les stratégies sont variables avec une répercussion au cas par cas. Il faudra sans doute un recul de quelques jours pour savoir ce qu’il en sera, mais pour se faire une première idée, Europe1 a interrogé plusieurs responsables de brasseries, comme ce commerçant parisien qui possède deux établissements et qui a décidé de prendre sur sa marge la hausse de la TVA.

"On ne va pas augmenter parce qu’on pense que la période est difficile pour tout le monde. (…) Je pense qu’augmenter les prix par rapport à l’augmentation de la TVA, n’est pas une bonne démarche, parce qu’il y a des marges suffisamment importantes pour ne pas le faire", estime ce commerçant au micro d’Europe 1.  Cette augmentation de la TVA sans hausse des prix représente, d’après lui, un manque à gagner minime. "Ça ne met pas en danger l’entreprise", assure-t-il.   

Des risques d’abus

Mais tous les restaurateurs ne sont pas aussi soucieux du pouvoir d’achat des clients. Certains mettent la priorité sur leur marge bénéficiaire. "Les prix des plats, entrées et desserts vont augmenter de un ou deux euros. (…) Le bœuf bourguignon c’était à 14 euros, on l’a mis à 15. On est obligés de toute façon pour rentrer dans les comptes", estime au micro d’Europe 1 un serveur d’un établissement parisien.  

Oui mais voilà, en faisant le calcul, un euro de plus pour le bœuf bourguignon représente en réalité 7,1% de hausse. On est donc bien au delà du "point et demi" d’augmentation. Certains restaurateurs profitent donc de cette hausse de la TVA pour faire exploser leur marge.

Un cas de figure qui devrait toutefois rester exceptionnel. Tout dépendra, en réalité, de la situation de concurrence entre commerçants. Relever le prix du sandwich alors que son voisin ne touche pas à ses prix peut en effet présenter le risque de faire perdre très vite beaucoup de clients au premier. Dans des secteurs où la concurrence est moins forte, en revanche, les étiquettes pourraient valser davantage.

De son côté, l'Insee, dans sa dernière note de conjoncture, ne table pas sur une envolée des prix. La hausse du taux réduit de la TVA, dit l'Insee, contribuera à l'inflation à hauteur de 0,1 point, seulement, d'ici juin prochain. Rendez-vous en juin…