La lettre au vitriol de Titan à Montebourg
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Le PDG de Titan tacle les "soi-disant ouvriers" de Goodyear Amiens. Une "insulte totale", juge la CGT.

L'info. Le style est direct et même... explosif. Le PDG de Titan international, société américaine spécialisée dans la fabrication des pneus agricoles notamment, qui a renoncé à reprendre l'usine de pneus Goodyear d'Amiens-Nord, raille dans un courrier adressé au ministre du Redressement productif "les soi-disant ouvriers" qui "ne travaillent que trois heures". Morceaux choisis.

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"Ils ne travaillent que trois heures". La lettre en anglais, dont le quotidien Les Echos publie une copie, est datée du 8 février et est adressée à Arnaud Montebourg. Elle dit répondre à un courrier du 31 janvier du ministre demandant à Titan d'entamer des discussions pour une reprise de l'usine d'Amiens menacée de fermeture et qui emploie 1.173 postes. "Goodyear a essayé pendant plus de quatre ans de sauver une partie des emplois à Amiens, qui sont parmi les mieux payés, mais les syndicats et le gouvernement français n'ont fait rien d'autre que de discuter", écrit le PDG, Maurice M. Taylor. "J'ai visité cette usine plusieurs fois. Les salariés français touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures. Ils ont une heure pour leurs pauses et leur déjeuner, discutent pendant trois heures et travaillent trois heures", écrit encore Maurice Taylor au ministre. "Je l'ai dit en face aux syndicalistes français. Ils m'ont répondu que c'était comme ça en France !"

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"Vous pensez que nous sommes si stupides que ça ?" "Monsieur, votre lettre signale que vous voulez que Titan démarre une discussion. Vous pensez que nous sommes si stupides que ça ?", lance Maurice Taylor. "Titan est celui qui a l'argent et le savoir-faire pour produire des pneus. Qu'a le syndicat fou ? Il a le gouvernement français", ironise-t-il. "Le fermier français veut des pneus pas chers. Il se moque de savoir s'ils viennent de Chine ou d'Inde". "Titan va acheter un fabricant de pneus chinois ou indien, payer moins d'un euro l'heure de salaire et exporter tous les pneus dont la France a besoin", menace-t-il. "Vous pouvez garder les soi-disant ouvriers", se moque le PDG américain. "Titan n'est pas intéressé par l'usine d'Amiens Nord", conclut sa lettre. Au passage, dans sa missive, le PDG du groupe américain prévoit un avenir sombre aux activités du géant français du pneumatique Michelin en France. "Dans cinq ans, Michelin ne pourra plus produire de pneus en France", dit-il.

"Une lettre insultante". Invité sur Europe 1 mercredi matin, Michael Wamen, délégué CGT Goodyear d'Amiens Nord a estimé qu'il s'agissait d'une "lettre insultante". "M. Taylor fait aujourd'hui état d'une usine qu'il vantait dans des entretiens il y a quelques semaines", dénonce le représentant syndical. "Titan a du mal à percer en Europe. Ce n'est pas avec des propos comme il a tenu aujourd'hui qu'il pourra percer en Europe ! Il envoie un signal fort : ce directeur d'un groupe, d'une multinationale, est plus près d'un asile psychiatrique que d'un groupe dont il peut tenir les rênes..." Et de conclure que les salariés comptent bien poursuivre Titan en justice : "La décision a été prise de longue date. Par rapport à cette lettre et aux accords signés entre Goodyear et Titan. On va remettre en question l'intégralité de l'accord. S'il croit se débarrasser aussi facilement des salariés français..."

Montebourg répondra bien. De son côté, le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg a promis une réponse écrite au PDG de Titan. Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement, a, elle, appelé à ne pas "faire de surenchère". "Je veux conserver comme règle de conduite en la matière le respect, le silence", a-t-elle déclaré, avant d'ajouter : "à un bémol près. Je rappellerai quand même à M. Taylor (ndlr: le PDG de Titan international) que la France reste le premier pays destinataire des investissements américains en Europe, et il y a sans doute de très bonnes raisons à cela."