La France des crématoriums coupée en deux

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La France des crématoriums coupée en deux
D'un crématorium à l'autre les prix peuvent varier de plusieurs centaines d'euros.@ MAXPPP
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ENQUETE E1FR - 180.000 incinérations ont lieu chaque année en France métropolitaine avec des prix qui peuvent varier du simple au double.

L’INFO. En France métropolitaine, un mort sur trois a été incinéré en 2012. Ce sont en tout des dizaines de milliers de familles qui ont dû passer par les services d’un crématorium. Le problème, c’est que d’un établissement à l’autre, les prix ne sont pas du tout les mêmes. Démonstration.

Du simple ou double. Amiens-Beauvais : 66 kilomètres et plus de 400 euros de différence. Le crématorium de la première ville de Picardie facture en effet l’opération à 326,66 euros tandis que dans la préfecture de l’Oise, il en coûtera 755,80 euros à la famille du défunt.

De manière générale, la France de l’incinération est coupée en deux. A l’Ouest, de la Bretagne au Midi, les prix sont très élevés. La plupart des crématoriums affichent des sommes dépassant les 600 euros. Situation inverse au Nord et à l’Est. Autant dans la région lilloise qu’en Alsace, l’incinération est facturée régulièrement en dessous de 500 euros. Dans l’Hexagone, le prix moyen se situe autour de 550 euros.

Mais dans les départements d'outre mer, les prix s'envolent : ils peuvent être multipliés par trois. Par exemple, en Martinique, une crémation, sans aucune option, coûte près de 1.500 euros. 

Chaque point représente un crématorium de France. Sa couleur dépend du prix qu'il propose pour la crémation d'un adulte. Les quelques sites pâles sont ceux qui n'ont pas souhaité fournir leurs prix. Cliquez pour en savoir plus.

La loi du marché. Il faut dire qu’avec seulement 153 crématoriums, la France est en sous régime. Si le territoire est plutôt bien couvert, les entreprises qui gèrent les incinérateurs ne manquent pas de clients. Elles peuvent donc se permettre de fixer les prix qu’elles désirent. Ce phénomène est particulièrement visible dans les DOM où il faut prendre l'avion pour aller comparer les prix des autres départements. 

Car si une quarantaine de crématoriums sont gérés par des régies publiques, tous les autres ont été délégués à des entreprises privées qui négocient les prix de crémation avec les mairies. En vérité, le marché est très peu régulé. “Les différents opérateurs funéraires appliquent les prix qu’ils veulent. Le marché de la mort est avantageux parce qu’on y passe tous”, confirme Jean Chabert, l’un des vice-président de la Fédération Française de Crémation (FFC).

De nouvelles contraintes. Autre explication : les types de funérailles proposées et les méthodes de crémation rentrent en ligne de compte. L’exemple Amiens-Beauvais illustre bien la problématique. Le crématorium de la capitale de la Picardie date de 1973 quand celui de sa voisine a été mis en service seulement en 1991. Les installations sont plus récentes, plus modernes : le service coûte plus cher.

Les prix dépendent enfin d’une variable qui pourrait bientôt faire grimper la facture. La réforme funéraire de 2008 impose notamment que les crématoriums soient équipés de filtres antipolluants d’ici 2018. Or, selon le décompte réalisé par l’Association Française d’Information Funéraire (AFIF), ils ne sont que 11 en France à disposer d’un tel équipement. Ainsi, pour l’installer d’ici la date butoir, il faut faire des réserves de trésorerie. Et donc augmenter les prix.

La taxe municipale en plus. Lors d’une crémation, les familles doivent en outre s’acquitter d’une redevance auprès d’une entreprise ou d’une régie municipale mais aussi parfois d’une taxe supplémentaire. Les villes qui accueillent un four réclament régulièrement une somme censée compenser la présence de l’installation.

Là encore, aucune règle précise n’est édictée. Quand certaines communes font grâce de cette taxe, d’autres, comme Nantes, l’ont établi à 100 euros. Et bien souvent, les raisons qui ont poussé les conseils municipaux à fixer telle ou telle sommes sont des plus opaques. En témoigne les 93 municipalités qui ont refusé de transmettre le coût de cette taxe à la FFC en 2012.