L'Europe prend le chemin de la taxe Tobin

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L'Europe prend le chemin de la taxe Tobin
Bill Gates a été chargé par la France de rédiger un rapport en vue du prochain G20 à Cannes.@ REUTERS
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La Commission européenne a adopté mercredi la taxe sur les transactions financières.

Elle est surnommée la taxe "Robin des Bois", celle qui prend aux riches pour donner aux pauvres. La "taxe Tobin", du nom de l'économiste qui l'a imaginée il y a quarante ans, devrait faire son apparition d'ici 2015 pour renflouer les caisses des Etats membres de l'Union européenne.

José Manuel Barroso a annoncé mercredi matin à Strasbourg que la Commission européenne l'avait adoptée. C'est la première voie vers la mise en place de la taxe Tobin qui ne sera pas mise en application avant 2014, au plus tôt. Il faudra avant cela que les chefs de gouvernement des Etats membres de l'UE discutent et adoptent la proposition à Bruxelles.

"Au cours des trois dernières années, les Etats membres ont accordé des aides et fourni des garanties au secteur financier à hauteur de 4.600 milliards d'euros. Il est temps que le secteur financier apporte sa contribution à la société", a-t-il affirmé.

Cette taxe est prévue sur les transactions financières, excluant le marché des changes, les particuliers, les opérations sur le marché primaire de la dette souveraine et les émissions d'action en Bourse. Les transactions réalisées à l'extérieur de l'Europe seraient également taxées, à partir du moment où elles impliquent un établissement du Vieux continent, afin d'éviter toute fuite des capitaux.

Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne pas intéressés

Même si le prélèvement était très faible – on parle de 0,01% à 0,1% sur les échanges –, la Commission estime que cela pourrait rapporter jusqu'à 55 milliards d'euros par an.

Au départ conçue pour les pays membres du G20, la "taxe Tobin" a ensuite été revue pour n'être appliquée qu'en Europe... Mais l'opposition de la Grande-Bretagne devrait rapidement recentrer le débat sur une mise en oeuvre au sein de la seule zone euro. Paris et Berlin y sont favorables.

"En n'incluant pas la Grande-Bretagne, nous sommes prêts à perdre en recettes ce qu'on gagne en symbole politique pour l'union de la zone euro", a expliqué une source proche des discussions autour de cette taxe.

Faisable pour Bill Gates

Bill Gates, le fondateur de Microsoft, chargé par la France de préparer un rapport sur le financement du développement en vue du prochain sommet des principaux pays riches et émergents du G20, les 3 et 4 novembre à Cannes, considère que la mise en place de cette taxe "semble faisable, même sans adoption universelle".

"Si les membres du G20 ou un autre groupe d'Etats, par exemple au sein de l'Union européenne, parviennent à s'accorder sur les contours d'une taxe sur les transactions financières (...) cela peut générer des ressources substantielles", explique Bill Gates dans son rapport. Selon lui, l'Inde et le Royaume-Uni effectuent des formes de taxation des transactions financières.

Jean-Pierre Jouyet, le président de l'Autorité des marchés financiers (AMF), favorable à une telle initiative, pense toutefois que la taxe pourrait aggraver la crise de liquidités actuelle dans la zone euro. "Ça va encore accroître la frilosité des investisseurs, notamment anglo-saxons et américains, à l'égard de la zone euro", considère le président du gendarme de la Bourse parisienne.