Échanges internationaux :l’euro peut-il remplacer le dollar ?

  • A
  • A
Échanges internationaux :l’euro peut-il remplacer le dollar ?
@ Reuters
Partagez sur :

BIG MONEY - Le billet vert est la principale monnaie au monde, mais les Européens verraient bien l’euro à sa place.

L’euro peut-il concurrencer le dollar et remettre en question son hégémonie sur les échanges internationaux. Michel Sapin, le ministre des Finances, a plaidé une nouvelle fois mercredi pour une mobilisation de la zone euro pour faire progresser l'usage de la monnaie unique comme monnaie internationale. Autrement dit, faire de l’euro la devise des échanges sur les différents marchés, position occupée depuis des décennies par le dollar. Mais l’Europe en a-t-elle les moyens ? Décryptage.

Le dollar, un géant bien installé

Qu’est-ce qu’une monnaie d’échange ? Une monnaie d’échange est une devise qui est utilisée par tous, pour échanger simplement toutes sortes de biens et services entre les différents pays. Et pour répondre à cette monnaie, il faut répondre à trois critères principaux :  

- Avoir une mobilité des capitaux, c'est-à-dire la possibilité d’acheter et de vendre facilement de la dette d’Etat.

- Etre dans un Etat de droit. Ainsi, les investisseurs sont sûrs qu’ils ne se feront pas spoiler leurs biens et leur argent.

- Etre une économie de premier ordre. La taille de l’économie est déterminante. En effet, pour fournir des liquidités à l’ensemble des pays du monde, il faut avoir une production et un PIB en conséquence.

Comment est choisie la monnaie d’échange. Peu d’économies répondant aux critères, le choix est donc limité. Au 20e siècle, suite aux deux conflits mondiaux, l’or qui avait servi d’étalon pendant des siècles est abandonné au profit du dollar : ce sont les accords de Bretton Wood, qui vont durer jusqu’en 1973. Depuis, les monnaies sont dans un système de change flottant, mais le dollar a conservé son hégémonie, aucun autre pays n’ayant, à l’époque, la dimension pour le concurrencer.  

Le roi dollar... Le billet vert est la principale monnaie de réserve au monde, devant l’euro, le yen et le RMB chinois. C'est-à-dire que les banques centrales ont dans leurs coffres des avoirs, généralement sous forme dette américaine, libellés en dollar. Autre preuve de son hégémonie, le dollar est la devise la plus utilisée dans le commerce mondial. Et sur le marché des changes (celui des devises entre elle), il sert également de référence et il permet d’acheter du pétrole, du gaz, des denrées alimentaires, etc. Certains pays l’utilisent même comme monnaie officielle, à côté de la leur et son coût de transaction est très bas.

Fait sa loi. En contrepartie de la mise à disposition au monde des dollars, les Etats-Unis imposent un certain nombre de règles. Par exemple, pour être converties en dollar, les devises doivent passer par la chambre des compensations de New York. Et automatiquement, la loi américaine s’applique et les Etats-Unis peuvent priver certains pays du précieux billet vert, en mettant en place un embargo. Et pour les entreprises qui seraient tentées de contourner ces embargos en utilisant le dollar, la sanction peut être terrible, comme l’a montré l’affaire BNP Paribas, condamnée à payer 8,9 milliards de dollars pour avoir fait des affaires en monnaie américaine avec le Soudan, l’Iran et Cuba.

>> A lire aussi : La BCE baisse son taux directeur. Euh, ça change quoi ?

Et l’euro dans tout ça ?

Ses atouts - "L’euro a un certain nombre d’attributs pour le devenir", assure Agnès Bénassy-Quéré, professeure d’économie à Paris I et président délégué du Conseil d’analyse économique : il remplit plusieurs des critères nécessaires pour devenir une monnaie d’échange. En effet, l’euro est la monnaie de la première puissance commerciale mondiale, l’Union européenne.Il est utilisé quotidiennement par plus de 300 millions de personnes. Et son émetteur, la BCE est crédible dans sa quête de stabilité des prix. Enfin, l’Union européenne est un Etat de droit. Le risque de se faire confisquer arbitrairement ses biens est inexistant.

Ses défauts - Toutefois, l’économiste relativise ces atouts. Elle pointe notamment le manque de croissance de la zone euro. Notre économie géante risque de voir sa taille relative diminuer face à la croissance rapide des BRICS. De plus, la BCE est neutre et n’a pas une stratégie internationale, nécessaire pour imposer la monnaie sur les marchés. Et surtout l’Union européenne n’a pas l’équivalent des T-Bonds (bonds du Trésor) américain. Dans les faits, les Eurobonds existent, mais ne sont pas comparables à ceux des Etats-Unis. De plus, ils sont émis en trop faible quantité et l’absence de marché commun de la dette européenne limite la quantité de liquidité disponible.

Dollar et/ou euro. "L’euro pourrait coexister avec le dollar comme monnaie internationale, plutôt que de la remplacer", estime Agnès Bénassy-Queré. Les Etats-Unis sont actuellement la seule source de liquidité mondiale : tout le monde achète de la dette américaine. Or, "la demande est trop importante, par rapport à l'offre qui provient du déficit budgétaire américain. Cela encourage les Etats-Unis à toujours plus d'endettement, avec à terme un risque de crise du dollar", prédit l’économiste. De plus, la croissance américaine est faible, comparé à la Chine par exemple. Donc, avoir plusieurs monnaies pour assurer l’équilibre du système d’échange est parfaitement envisageable. L’euro est aujourd'hui mieux placé pour jouer ce rôle que la monnaie chinoise, la Chine n’assurant pas la libre circulation des capitaux et n’étant pas un Etat de droit. Mais l'avance de la monnaie européenne ne durera pas éternellement.

sur-le-meme-sujet-sujet_scalewidth_460_scalewidth_460 (1)

DECRYPTAGE - La rigueur commence à payer… mais à quel prix ?

ZOOM - L’Europe prête à relancer les banques

DECRYPTAGE - Pourquoi Montebourg veut dévaluer l'euro

DECRYPTAGE - Les banques soupçonnées de manipuler les taux de change