L'euro est-il si fort que ça ?
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La valeur de la monnaie unique grimpe en flèche. L'exécutif, de Hollande à Moscovici, s'en alarme.

L'INFO. Le gouvernement part en croisade contre la hausse de l'euro. "Son niveau n'est pas un élément négligeable pour notre croissance", a prévenu Pierre Moscovici mercredi, lors du Salon des entrepreneurs. Le ministre de l’Économie a annoncé qu'il interpellera les gouvernements de la zone euro, lors d'une réunion prévue lundi prochain. "La question doit être posée (aussi) au niveau du G20", a-t-il insisté.

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• Tout l'exécutif s'y met. L'Europe "laisse sa monnaie, l'euro, vulnérable à des évolutions irrationnelles dans un sens ou dans un autre", avait déjà chargé mardi François Hollande, dans son discours devant le Parlement européen, en appelant à  une "indispensable réforme du système monétaire international". La semaine dernière, Nicole Bricq, la ministre au Commerce extérieur, prévenait déjà : "la montée de l'euro peut être pénalisant pour nos entreprises".

• Une hausse relative, mais rapide. Lors de son lancement en 1999, l'euro valait 1,1665 dollars. Sa valeur tourne aujourd'hui autour de 1,35 dollars et reste ainsi loin des sommets d'avril 2008 (1,60 dollars). Mais c'est sa poussée fulgurante qui inquiète le gouvernement, puisqu'elle a bondi de 10% depuis juillet dernier.

• En quoi est-ce dangereux ? "Le niveau élevé de l'euro est un handicap de compétitivité pour les entreprises françaises à l'international", décrypte David Cousquer, gérant de l'observatoire de conjoncture Trendeo, cité par l'Expansion. Le mécanisme est simple : les entreprises qui exportent fixent leur prix en euro, mais leurs clients achètent dans une autre monnaie. Si l'euro est trop fort, ces clients ont moins de pouvoir d'achat, donc ils achètent moins. Résultat : "les sous-traitants, TPE et PME mettent la clé sous la porte car leurs carnets de commande sont vides et les perspectives sont moroses", constate David Cousquer. Une difficulté qui se confirme en période de crise. "Les marges des entreprises sont actuellement sous pression, renchérit Bruno Cavalier, économiste chez Oddo, cité par Le Monde. Il leur est très difficile d'absorber un tel choc."

>> À réécouter : selon l'éditorialiste d'Europe1, Éric Le Boucher, l'euro "surévalué" sera au centre des débats européens pendant les mois qui viennent :


• Des entreprises qui tirent la sonnette d'alarme... Selon Bercy, si la montée actuelle de la monnaie se poursuivait pendant un an, cela représenterait une baisse de 0,3 point de PIB.  Et d'après une étude de l'Insee en date de 2008, une appréciation de 10% de l'euro par rapport aux autres devises se traduirait par un "recul significatif" de la croissance française, de l'ordre de 0,5 point de PIB par an. Au-delà de l'exécutif, la pression commence donc aussi à monter chez les chefs d'entreprise. EADS rappelle régulièrement qu'une baisse du dollar de 10 centimes par rapport à l'euro annihile 1 milliard de dollars de son résultat d'exploitation. LVMH voit dans la montée de l'euro "le principal point noir de 2013". Et "c'est un handicap qui nous oblige à répercuter 3 à 5% de hausse tarifaire", confie-t-on également chez le leader du foie gras Delpeyrat, cité par Le Figaro.

• ... d'autres qui s'en réjouissent. Certaines entreprises s'y retrouvent, car un euro fort permet d'acheter pour moins cher à l'international. Ainsi, les groupes qui importent beaucoup de produits venant de l'extérieur de la zone euro voient dans un euro fort une hausse de pouvoir d'achat. "Un euro fort est plutôt un atout pour nos achats hors zone euro, notamment en Europe de l'est (13% de nos achats) et en Asie (17%)", explique ainsi la direction de Conforama dans le Figaro. De plus, tous les pays de la zone euro ne sont pas logés à la même enseigne. Ainsi, les entreprises allemandes, qui vendent une majeure partie de leurs  produits en Europe, se réjouissent d'un euro fort… jusqu'à un certain point. Selon une récente étude de la Deutsche Bank, le niveau à partir duquel l'économie est fragilisée se situerait entre 1,22 et 1,24 dollar pour la France, mais entre 1,54 et 1,94 dollar pour l'Allemagne.

• Que peuvent y faire les gouvernements ? En zone euro, la Banque centrale n'intervient pas pour changer le taux de change, car cela ne rentre pas dans ses missions. Les États pourraient tenter de l'influencer pour que cela change, mais ils s'y refusent pour le moment, notamment sous pression allemande. Bercy entend davantage mettre la pression sur les pays hors zone euro, notamment la Chine, et bientôt, le Japon, qui mènent tous une politique de dévaluation monétaire.