L’écart de salaires entre pays se réduit

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L’écart de salaires entre pays se réduit
Les écarts de rémunération entre pays sont en train de diminuer, selon l'OIT. Mais les inégalités salariales ne cessent, elles, d'augmenter au sein des pays développés.@ REUTERS
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Les rémunérations stagnent dans les pays développés et explosent chez les émergents.

La mondialisation et l’essor des puissances émergentes sont en train de redistribuer les cartes de la richesse. C’est le constat dressé par l’Organisation Internationale du Travail (OIT) dans son Rapport mondial sur les salaires 2010/2011, réalisé à partir de données relevées dans 115 pays, ce qui représente “94% des 1,14 milliard de salariés du monde“.

Ainsi, les salaires ont doublé dans les pays asiatiques au cours des années 2000. Dans certains pays d’Asie centrale et d’Europe orientale, ils ont même triplé entre 2000 et 2008, avant de connaître un ralentissement depuis la crise.

A contrario, les rémunérations dans les pays développés ont très peu évolué. Elles ont progressé de 0,6% en 2009, une croissance stable depuis le début des années 2000, si on exclut l’année de la crise (-0,5% en 2008). Les salaires ont même baissé ces dernières années au Japon ou encore en Islande.

Les inégalités salariales se renforcent

Les économistes de l’OIT ont également observé une autre tendance lourde : l’aggravation des inégalités salariales. Elles ont particulièrement augmenté dans les pays développés suivants : Allemagne, Argentine, Chine, Espagne, Irlande, Pologne ou encore Corée du Sud.

Dans ces pays, “la probabilité d’évoluer vers des emplois mieux rémunérés demeure faible, et le risque de se retrouver piégé dans des emplois faiblement rémunérés est élevé, ce qui peut provoquer une aggravation des tensions sociales“, écrit l’OIT.

Un risque pour la reprise mondiale ?

A l’aune de ces chiffres, les économistes de l’OIT estiment que la stagnation des salaires pourrait expliquer en partie la crise économique de 2008 : “la stagnation des salaires avant la crise peut avoir en réalité contribué à son déclenchement et aussi affaibli la capacité des économies de se redresser rapidement. (…) Certains estiment que la crise avait ses racines structurelles dans la baisse de la demande qui a précédé la crise“.

Les salariés des pays développés consomment et dépensent beaucoup, transférant ainsi de l’argent vers les pays émergents, qui produisent un grand nombre de produits manufacturés. Avec des salaires en baisse, les dépenses des premiers ont baissé, privant de liquidités supplémentaires les seconds, qui auraient alors pu relancer l’économie en augmentant leurs achats.

Des conséquences pour les délocalisations

Même s’il reste encore très important entre les pays développés et les pays émergents, l’écart de rémunération est donc amené à se réduire pour les prochaines générations. Une telle évolution pourrait même, à moyen et long terme, rendre les délocalisations bien moins intéressantes, puisque celles-ci se justifient souvent pas les écarts de salaire.

En attendant un tel scénario, le schéma des délocalisations est déjà en train d’évoluer. Alors que les pays développés sous-traitaient en Chine jusqu’à maintenant, une nouvelle tendance se dessine : la Chine commence à sous-traiter sa production dans des pays avec des rémunérations encore plus faibles, comme au Cambodge ou en Afrique.