Grève Air France : "On ne peut pas accepter ça, c'est du trompe-l'oeil"

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Philippe Evain, président du SNPL Air France, principal syndicat de pilotes, explique pourquoi les négociations s'enlisent et dénonce l'attitude de la direction. 

INTERVIEW

"On ne comprend pas bien l'attitude de notre direction qui fait tout pour que ce conflit continue." Au lendemain d'une nouvelle journée de négociations infructueuses entre la direction d'Air France et l'intersyndicale, Philippe Evain, président du SNPL Air France, principal syndicat de pilotes, est venu expliquer sur Europe 1 en quoi cet accord est inacceptable selon eux, alors que mardi marque le huitième jour de grève au sein de la compagnie.

"Ce que nous demandons est extrêmement raisonnable." "Ça ne convient pas. Hier (lundi), on a voulu faire un geste pour montrer que nous étions vraiment prêts à la négociation (…) On a accepté l'indicateur Insee de la direction et on a donc fait ce geste à 5%" contre les 6% (d'augmentation salariale) initialement réclamés, a-t-il expliqué. "Ce qu'il faut comprendre, c'est que la direction nous propose aujourd'hui de prendre les augmentations futures des années 2019, 2020 et 2021 et de prétendre qu'elles vont remplacer l'inflation passée que nous avons subie pendant les six années de blocage." "Ce que nous demandons est extrêmement raisonnable : ça représente 0,8% par an d'inflation. Ce n'est pas extravagant". 

"Personne n'est dupe." "Bien entendu, c'est du trompe-l'oeil, personne n'est dupe de cela, mais ça permet de faire de la communication, de montrer qu'on a proposé quelque chose, mais en fait, ce n'est pas une proposition. On ne peut pas accepter ça, c'est inacceptable. On souhaite un rattrapage parce qu'on a été bloqués pendant six ans. La France entière le sait maintenant, il n'y a que notre DRH qui l'ignore", a-t-il raillé.

Entendu sur Europe 1
Les pilotes d'Air France en ont assez de se serrer la ceinture depuis toutes ces années pour compenser le poids des charges et des taxes d'Aéroports de Paris

"Il n'y a eu aucune hausse." Philippe Evain s'est également emporté contre les chiffres avancés par la direction : hausse de 12,5% en comptant une augmentation générale de 7 % pour toutes les catégories de personnel et des augmentations individuelles (ancienneté, promotions…). "C'est parfaitement faux. On réfute totalement ces chiffres-là. Il n'y a eu aucune hausse des grilles de salaire. Les pilotes sont payés à l'heure de vol - on est payés à la tâche - et effectivement, l'activité a fortement augmenté depuis 2011. Les embauches étaient gelées donc forcément, par individu, il y a eu plus d'heures de vols produites et donc un salaire plus important", décrypte-t-il, précisant : "Les heures supplémentaires ne sont pas une revalorisation des grilles de salaire."

Le président du SNPL Air France conclut son propos en renvoyant la compagnie à la table des négociations… avec Aéroports de Paris. "Les pilotes d'Air France en ont assez de se serrer la ceinture depuis toutes ces années pour compenser le poids des charges et des taxes d'Aéroports de Paris. Le poids de ces charges représente près d'un milliard d'euros par an à notre entreprise."