Pourquoi la Grèce a-t-elle instauré un contrôle des capitaux ?

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Pourquoi la Grèce a-t-elle instauré un contrôle des capitaux ?
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ECONOMIE - La Grèce souhaite stopper la fuite des capitaux hors de ses frontières et éviter la faillite de son secteur bancaire.

Samedi et dimanche, les Grecs ont afflué en masse aux distributeurs bancaires. Lundi, ils ne pourront plus le faire. Le Premier ministre hellène, Alexis Tsipras a annoncé dimanche à la télévision grecque la fermeture provisoire des banques et l'instauration d'un contrôle des capitaux. Une décision entrée en applicaiton dès lundi et qui vise à éviter un mouvement de panique.

L'annonce. Le chef d'Etat grec, issu du parti de gauche radical Syriza, a pointé du doigt dans son annonce le refus de l'Eurogroupe de samedi de prolonger son programme d'aide au-delà du 30 juin, date à laquelle la Grèce sera par conséquent incapable de rembourser le 1,6 milliard qu'elle doit au FMI. Par conséquent, " la Banque de Grèce" a décidé "d'activer les mesures de fermeture temporaire des banques et de limitation des retraits bancaires". Une décision validée et reprise par le gouvernement TSipras, qui a publié dans la nuit de dimanche à lundi un arrêté limitant à 60 euros les retraits aux guichets automatiques, et ce jusqu'au 6 juillet.

Pourquoi instaurer un contrôle des capitaux ? La Grèce souffre, depuis son entrée dans la crise, d'une fuite de ses capitaux. Ainsi, depuis 2010, 80 milliards ont quitté le pays et depuis décembre dernier, les coffres-forts des banques ont encore perdu 10% de leur richesse. En cause ? Le manque de confiance des Grecs dans l'avenir de leur pays qui préfèrent soit transférer leur argent à l'étranger - pour les plus aisés -, soit le retirer et le conserver dans des bas-de-laine -pour les plus modestes -. 

Pour comprendre à quoi sert un contrôle des capitaux, il faut imaginer ce qui se passerait sans lui. Les Grecs continueraient à retirer en masse de l'argent, entraînant la mise à sac des banques. Ces dernières, en faillite, entraînerait par un effet de domino la faillite de l'Etat. Le pays dans son ensemble serait en effet paralysé. Sans argent, plus de liquide, plus de versement de salaires, plus de versements de taxes ou d'impôts dans les caisses de l'Etat... bref, une économie en panne. Le contrôle des capitaux a donc principalement pour objectif d'empêcher la faillite du secteur bancaire.

Grèce ANGELOS TZORTZINIS / AFP 1280x640

Des Grecs font la queue pour retirer de l'argent. © ANGELOS TZORTZINIS / AFP


Une file d'attente à un distributeur bancaire en Grèce (© ANGELOS TZORTZINIS / AFP).

Concrètement, à quoi ça ressemble ? Pour limiter la fuite des liquidités, le dispositif du contrôle des capitaux peut prendre plusieurs formes : fermeture plus ou moins longues des banques, limitation des retraits en liquide, interdiction ou limitation des versements sur des comptes à l'étranger, interdiction d'ouvrir de nouveaux comptes en banque.

Finalement, le gouvernement a décidé de limiter à 60 euros par jour les retraits aux guichets automatiques jusqu'au 6 juillet, selon un arrêté sur le contrôle des capitaux publié au journal officiel grec dans la nuit de dimanche à lundi. Autre décision annoncée : la Bourse d'Athènes devrait rester fermée lundi. Les touristes séjournant en Grèce - le tourisme est un moteur vital de l'économie - et toute personne possédant une carte de crédit émise dans un pays étranger, ne seront pas concernés par les mesures de limitation des retraits, a indiqué le gouvernement.

Qu'est-ce qui a déclenché cette décision ? Si la Grèce a attendu dimanche pour déclarer le contrôle des capitaux, c'est que le "bank run", ce vent de panique qui pousse les particuliers à retirer des banques tout leur argent, s'est accéléré depuis samedi. En cause, l'annonce dans la nuit de vendredi à samedi par le Premier ministre grec d'un référendum le 5 juillet prochain. Il doit porter sur le plan de réformes à appliquer en échange d'une aide financière des créanciers de la Grèce. En cause aussi, le refus de l'Eurogroupe de prolonger son programme d'aide au-delà du mardi 30 juin, ce qui va entraîner sans doute le défaut de paiement de la Grèce vis-à-vis le FMI. Face à ces échéances inquiétantes, les Grecs se sont rués sur les distributeurs, retirant de l'argent pas centaines d'euros. Et dimanche, plusieurs guichets étaient à sec.

Un précédent européen : Chypre en 2013. Dans la courte histoire de la zone euro, seule Chypre a expérimenté le contrôle des capitaux quand, en 2013, alors qu'elle négociait un plan d'aide, elle s'est retrouvé au bord de la faillite. Un prélèvement sur tous les comptes bancaires avait même été envisagé en mars 2013, pour aider le pays à redresser la barre. Face au risque de panique bancaire avec des retraits massifs d'argent, le gouvernement chypriote avait finalement fermé toutes les banques pendant près de deux semaines. Les virements par internet avaient été interdits et les retraits par carte bancaire limités.

À la réouverture des banques, des restrictions draconiennes avaient continué à régir les mouvements de capitaux : transferts entre banques limités, retraits de 300 euros maximum par jour, plafonnement des virements vers l'étranger. L'économie avait alors tourné au ralenti pendant plusieurs semaines puisque les entreprises peinaient à verser les salaires et à payer leurs fournisseurs. Le contrôle des capitaux aura au final duré pendant deux ans puisque la dernière restriction n'a été levée qu'en avril 2015.