Google se rebiffe "car il s’inquiète"

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Google se rebiffe "car il s’inquiète"
@ REUTERS
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LE POINT DE VUE - Emmanuel Torregano, pro du web, décrypte le bras-de-fer avec l'exécutif.

Google hausse le ton et il veut le faire savoir. Opposé au projet du gouvernement français, qui envisage de créer une taxe similaire à des droits d'auteurs, le géant de l'internet a prévenu : il menace de ne plus référencer les médias français si Matignon met ses projets à exécution. Pour y voir plus clair, Europe1.fr a demandé l'avis d’Emmanuel Torregano, journaliste chez Electronlibre, spécialiste des nouvelles technologies.

>> A lire aussi : Google menace les médias français

Google peut-il mettre ses menaces à exécution ? Je ne le pense pas. Il ne faut pas oublier une chose : c’est Google qui a besoin des médias français et non l’inverse. Google a besoin de contenus, mais les médias n’ont besoin de Google que dans la mesure où il est en situation de quasi-monopole pour la recherche sur Internet. Google fait face à un souci juridique qui commence à être mondial et il réagit violemment car il s’inquiète.

Mais Google peut-il quand même faire reculer l’Etat français ? Non, cela ne fera pas reculer l’Etat français. Il est possible que Google se lance dans une course à l’armement avec l’Etat français et que son arme fatale ce soit le déférencement des médias français.  Mais je doute que cela fasse reculer la France, d’autant que d’autres pays y pensent. En Allemagne, les rapports y sont aussi tendus et l’Etat n’a pas reculé. Google redoute plus que tout une possible contagion, que d’autres Etats européens rejoignent le combat de la France et de l’Allemagne. Or, d’un point de vue financier, Google est proche d’une logique de prédation : il est fiscalement installé dans des paradis fiscaux et profite de la valeur ajoutée créée par d’autres sans en ajouter lui-même.

Internautes et médias peuvent-ils se passer de Google ? Pour la première fois, le volume de recherches sur Internet baisse. Entre la recherche algorithmique de Google et la recommandation interpersonnelle de Twitter ou Facebook, l’internaute s’intéresse de plus en plus à la seconde. Google perd donc du terrain. Quant aux médias français, ils peuvent aussi se passer de Google en investissant le Web 2.0, les réseaux sociaux, et ils ont déjà commencé à le faire. Les médias français ont une responsabilité  car ils ont accepté de jouer le jeu de Google, mais aujourd’hui, Facebook a une audience aussi importante que Google.