Goodyear : mais qui est Maurice Taylor ?

  • A
  • A
Goodyear : mais qui est Maurice Taylor ?
@ DR
Partagez sur :

PORTRAIT - Le patron du groupe Titan a brocardé les ouvriers français. Tout sauf une surprise.

"Les salariés français (du site Goodyear d'Amiens-Nord, ndlr) touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures. Ils ont une heure pour leurs pauses et leur déjeuner, discutent pendant trois heures et travaillent trois heures". En adressant une lettre au vitriol à Arnaud Montebourg, le patron du groupe de pneumatique Titan Maurice Taylor Jr. a fait une irruption remarquée dans les médias français. Mais qui cet homme à la plume acérée qui déteste visiblement les syndicats et le gouvernement français ?
>> A lire aussi : La lettre au vitriol de Titan à Montebourg

20.02.Maurice.Taylor.DR.168.200

© DR

Un businessman qui cible les sociétés en difficulté. A l’image de sa missive incendiaire, l'Américain Maurice Taylor Jr. est un homme qui aime le risque. Âgé de 68 ans, il a construit son empire au début des années 1980 en acquérant des entreprises en perdition, profitant de ces rachats pour restructurer ces sociétés et couper dans les salaires.

Une stratégie gagnante puisque le groupe Titan devient alors le leader du secteur des jantes et des pneumatiques non conventionnels. En clair, il fabrique des pneus pour les véhicules de chantier, les tracteurs mais aussi les tondeuses ou encore les voiturettes de golf. Titan ne cesse de grossir jusqu’au début des années 2000, où le groupe enregistre des pertes et doit se recentrer sur son cœur de métier pour rebondir. Depuis, les affaires marchent plutôt bien puisqu’il a encaissé 2,85 millions de dollars en 2011, selon le magazine Forbes.

20.02.Maurice.Taylor.Titan.Grizzli.DR.168.200

© TITAN

Un patron à poigne. Aux Etats-Unis, Maurice Taylor Jr. n’est pas que le patron de Titan. Il est aussi connu comme le "Grizzli", un surnom donné, dixit le site de son entreprise, par les analystes de Wall Street pour son style de négociation rude. Ce que confirme le magazine Forbes en le décrivant en 1998 comme un homme "au tempérament chaud et brut de décoffrage".

Une renommée bestiale acquise lors d’un conflit avec les syndicats. En 1998, ces derniers entament un bras-de-fer, arguant que les employés sont payés  33% moins bien que chez la concurrence. Le bras-de-fer dure trois ans et confère au businessman son surnom qu'il revendique même sur le site de son entreprise.

Un politicien déçu. Choyé par la Providence dans ses affaires, le "Grizz" s’est dit qu’il pouvait prolonger son succès en politique. Il se lance donc dans la primaire républicaine pour l’élection présidentielle de 1996. Son slogan ? "A does, not a talker", ce qui pourrait se traduire par "un homme qui agit, pas un beau parleur". Et comme tout politicien américain qui se respecte, Maurice Taylor Jr. multiplie les publicités, avec plus ou moins de réussite.

Pour sortir son pays de la crise, le "Grizzli" a des solutions simples : licencier un tiers de la bureaucratie pour rééquilibrer les comptes en 18 mois. Mais aussi remettre en cause les accords de libre échange avec l’Asie, arguant que le Japon et la Chine mettent des barrières douanière aux produits américains, ce que les Etats-Unis ne font pas. Un sujet qui mérite d’être débattu mais formulé d’une manière pour le moins abrupte.

Dix mois de campagne électorale et six millions d’euros plus tard, le verdict tombe : il ne recueille que 1% des suffrages.

• Un homme de coups médiatiques. Malgré ce parcours politique pour le moins mitigé, le "Grizzli" ne renonce pas à s’inviter dans le débat public. Le 2 février 2006, il se paye donc une pleine page de publicité dans le quotidien USA Today pour présenter ses remèdes au malaise américain : fermer toutes les écoles de droit pendant 10 ans, rendre le service militaire obligatoire et instaurer une interdiction de poursuites judiciaires pour faute professionnelle dans le secteur médical afin de freiner la hausse des coûts de la santé.

Autant dire qu’il n’a pas vraiment adhéré au slogan "Yes we can" de Barack Obama, à propos duquel il écrit sur son blog : "si vous croyez que ce groupe est pour le changement, alors vous devriez croire à la petite souris". Un point de vue qui se veut neutre, même si le naturel revient au galop : "il existe de bons Républicains et de bons Démocrates mais les faits montrent que les Démocrates sont des losers lorsqu’ils sont au pouvoir ". Depuis le 4 novembre 2008, Maurice Taylor Jr. est donc tout sauf un homme heureux mais ce n'est probablement pas en France qu’il se réfugiera.