Goldman Sachs vilipendée par l'un des siens

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Goldman Sachs vilipendée par l'un des siens
La réputation de la banque d'affaires américaine Goldman Sachs a déjà été sérieusement écornée en 2008 et 2009.
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Un responsable de la banque a démissionné, dénonçant au passage la culture de l'entreprise.

La réputation de la banque d'affaires Goldman Sachs s'en relèvera-t-elle ? Greg Smith, le responsable des ventes de dérivés basés à Londres, ne s'est pas contenté de claquer la porte de la banque américaine mercredi. Il s'est aussi fendu, le même jour, d'une tribune dans le New York Times, dans laquelle il dénonce ni plus ni moins que la culture "toxique" de l'entreprise.

Affirmant avoir travaillé suffisamment longtemps chez Goldman Sachs pour comprendre sa "trajectoire", il assure que "le climat est aujourd'hui plus toxique et destructif que jamais". Pour Greg Smith, la banque met l'intérêt du client au second plan. Le cadre évoque même des réunions au cours desquelles la seule question posée porte sur la manière de tirer le plus d'argent possible des clients de la banque, parfois traités de "pantins".

Des gros investisseurs

Et ces clients sont loin d'être de petits investisseurs : Greg Smith explique qu'il a notamment eu "le privilège" de conseiller deux des plus gros "hedge funds" de la planète et qu'au total, ses clients pèsent plus de mille milliards de dollars.

Le banquier dit cependant n'avoir été témoin d'aucun comportement illégal. Mais il affirme toutefois que les banquiers poussent leurs clients à acheter certains produits financiers, "même s'ils ne sont pas les investissements les plus simples ou ceux qui correspondent le plus aux objectifs des clients".

Goldman Sachs riposte

Originaire d'Afrique du Sud, ce diplômé de l'université de Stanford dénonce aussi le système de promotions de la banque, assurant qu'"aujourd'hui, si vous arrivez à rapporter assez d'argent à la banque, et que vous n'êtes pas un assassin à la hache, vous serez promu", dénonce-t-il.

Signe que cette lettre ouverte inquiète Goldman Sachs, la banque a aussi pris le soin de contacter les médias pour souligner que Greg Smith n'était pas un haut dirigeant, mais un simple cadre. La banque a démenti les propos de son ancien salarié, assurant que "l'opinion exprimée […] n'illustra pas notre façon de gérer nos affaires".

Le soutien de l'ancien président de la Fed

Il faut dire que l'image de Goldman Sachs a déjà été sérieusement écornée en 2008 et 2009, quand elle a été violemment attaquée pour les rémunérations distribuées à ses employés, alors qu'elle était sous perfusion gouvernementale pendant la crise.

"Le risque que souligne Greg Smith, c'est que Goldman Sachs est une banque dans le déni et qui va droit dans le mur", juge le journal britannique The Telegraph, pour qui "à moins que les choses changent, elle perdra des clients".

Greg Smith a aussi reçu le soutien de Paul Volcker, ancien président de la banque centrale américaine, la Fed. Celui-ci a jugé que la banque d'affaires avait "changé de mentalité" depuis qu'elle était cotée en Bourse et investissait de plus en plus dans les activités de marché, ajoutant : "je crains que ce soit une activité qui amène beaucoup de conflits d'intérêt".