Gaspard Koenig : "Pour 8 dollars, on abandonne des trésors, des photos et notre vie à Facebook"

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Derrière l'achat chiffré en milliards de LinkedIn par Microsoft, le philosophe Gaspard Koenig revient sur l'impact de l'abandon des données.

Lundi, le géant de l'informatique Microsoft s'est offert pour la coquette somme de 26,2 milliards de dollars (environ 23 milliards d'euros) les 411 millions de CV stockés sur le réseau social LinkedIn, ce qui équivaut à 60 dollars le CV (53 euros). Une somme que chaque utilisateur n'est pas prêt de recevoir. Derrière l'aspect économique pointe en ces temps de baccalauréat des questions éthiques et philosophiques. Gaspard Koenig, philosophe était l'invité de David Abiker, samedi, dans l'émission C'est arrivé cette semaine.

Abandon éternel. Quelque 11 millions de Français sont inscrits sur LinkedIn. Et 11 millions de Français se sont fait "acheter" leur "vie", selon Gaspard Koenig, et ont participé à un grand mouvement de concentration dans l'industrie numérique. Comme Facebook a racheté Instagram, Microsoft, qui possédait déjà Outlook et Skype, est désormais le détenteur de LinkedIn. "Ca veut dire que Microsoft va avoir accès, pour une même personne, à son agenda, ses communications, son CV. Il va pouvoir reconstituer la vie d'un individu et revendre ces donnés ou les utiliser lui-même à des fins de recherche ou commerciales." En signant les clauses d'adhésion à LinkedIn, l’utilisateur "abandonne toute propriété sur ses données de manière irrévocable, universelle et éternelle". Une sorte de pacte avec le diable pour un service.

"Échapper à la surveillance".Sur Facebook, le phénomène est encore plus flagrant : en divisant les recettes publicitaires du réseau par le nombre d'utilisateurs, on obtient un ratio de 8 dollars par personne et par an. "Pour 8 dollars, on abandonne des trésors, des photos, notre vie à Facebook. Les 'datas bases' valent aujourd'hui des fortunes. Mais le petit producteur, vous et moi, pourquoi ne seraient-ils pas rémunérés ?", interroge le philosophe, qui aimerait que les échanges soient plus équilibrés. Et n'oublie pas de rappeler que des dispositifs existent pour échapper à la surveillance, y compris pour le grand public, comme le navigateur Tor au lieu de Google qui empêche que les adresses IP soient révélées.

Égoïste de ne pas partager ? Revers de la médaille, les données peuvent servir. "Quand vous partagez vos données de santé, par exemple, vous aidez à la confection de nouveaux vaccins, au traçage des épidémies. Si vous ne partagez pas vos données, vous allez bénéficier des performances sans y contribuer". Le philosophe imagine alors un sujet de philo de bac : "Est-il égoïste de ne pas partager ses données ?" A vous de voir - s'il n'est pas trop tard - si vous voulez bien signer des "terms and conditions" avec le "diable"...