Free veut T-Mobil US : "David peut avaler Goliath"

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Free veut T-Mobil US : "David peut avaler Goliath"
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INTERVIEW E1 - Avec sa proposition de rachat de 15 milliards de dollars, son dirigeant Xavier Niel voit gros, peut-être trop.

L’INFO. L’annonce a étonné plus d’un observateur, pourtant l’offre est désormais officielle. Iliad, l’entreprise propriété de Xavier Niel qui possède Free, a proposé de racheter la filiale américaine du géant des télécoms allemand T-Mobile pour quinze milliards de dollars. Il est en concurrence avec Sprint, un opérateur détenu par le japonais Softbank, qui aurait déjà posé environ 50 milliards de dollars sur la table. Ce constat fait dire à Jean-Michel Huet, associé dans le cabinet de conseil Bearing Point spécialisé dans les télécommunications, que la partie risque d’être compliquée.

Europe 1 : Quel intérêt a Iliad à vouloir racheter T-Mobil US ?

Jean-Michel Huet : Le marché américain est économiquement important parce qu’il y a du monde, bientôt 400 millions d’habitants. C’est un marché riche, donc important en matière de télécoms. Et aujourd’hui, il y a un des principaux acteurs du marché qui est à vendre. C’est une cible qui intéresse beaucoup d’acteurs, même s’il est vrai que voir arriver Iliad est un peu une surprise.

Mais Xavier Niel, le patron d’Iliad, est un entrepreneur et un entrepreneur, c’est quelqu’un qui prend des risques et qui va de l’avant, et les Américains comprennent bien ça. Certaines de ses récentes opérations n’ont pas pu se faire, donc maintenant, il se dit qu’il va regarder à l’international. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois. Il est présent en Israël, mais il vient aussi de racheter sur ses propres deniers Monaco Telecom qui a des engagements en Afghanistan, au Kosovo et en Afrique.

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A-t-il une chance de voir son offre acceptée ?

C’est un vrai challenge. Le problème, c’est que Deutsche Telecom (propriétaire de T-Mobil, ndlr) a dit que ce n’était pas l’offre la plus attrayante. En plus, il n’y a pas de vraies synergies industrielles entre les deux entreprises, elles n’ont pas de base de clients ou de réseau en commun. Enfin, l’offre pose des questions sur l’avenir. Puisqu’une partie importante des bénéfices futurs de l’opérateur aux Etats-Unis va servir à rembourser la dette que prend Xaviel Niel en le rachetant, ils ne profiteront pas à de futurs investissements de T-Mobile dans le pays.

Mais même si on en a pas l’habitude en France, un entrepreneur, c’est en prenant des risques qu’il se développe. Et même le fait qu’Iliad tente de racheter quelque chose qui vaut plus cher que lui-même n’est pas étonnant. Il y a quinze ans, Total a avalé Elf Aquitaine et pourtant Total était plus petit. Ce sont des coups classiques, parfois David peut avaler Goliath.

Qu’est-ce qui peut jouer en faveur de Free ?

Cela risque de se jouer sur la réalité économique. Il y a un actionnaire qui veut vendre, il vendra au prix qui l’intéresse le plus. Cela dit, le regard des différentes autorités sera important. Les Américains doivent aussi contrôler qu’il n’y ait pas d’impact sur la concurrence. C’est un des enjeux du débat.