Free veut la fin du téléphone subventionné

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Free veut la fin du téléphone subventionné
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Le nouvel opérateur, qui vend ses téléphones à part, attaque SFR en justice pour concurrence déloyale.

Pas légal le subventionnement du téléphone par les opérateurs ? Non, selon Free. Le quatrième opérateur s'est donc lancé dans une nouvelle croisade contre ses trois principaux concurrents, dénonçant des pratiques quasi-systématiques. Une plainte à l'encontre de SFR pour concurrence déloyale a ainsi été déposée par Iliad. Selon la maison-mère de Free, SFR subventionne l'achat par ses abonnés de téléphones portables.

Le principe du subventionnement est simple. Les opérateurs proposent aux clients un téléphone à prix cassé, en échange d'un abonnement de douze ou vingt-quatre mois. "Le téléphone a toujours été un produit d'appel pour les opérateurs", confirme à Europe1.fr Edouard Barreiro, spécialiste du multimédia chez UFC-Que Choisir. "Ils ne peuvent pas fidéliser le client avec une offre", comme des SMS offerts ou des données Internet par exemple. "C'est une manière de lier le client pour un ou deux ans", estime-t-il.

1.600 euros d'écart sur trois ans

Le consommateur y trouve son compte au moment de l'achat, payant par exemple 1 euro son iPhone 4 (8Go) avec un forfait Bouygues Telecom, au lieu de 519 euros pour le téléphone seul. "90% des téléphones portables en 2011" ont été acheté de cette manière, selon Stéphane Richard, le PDG d'Orange.

Le site spécialisé lesnumeriques.com a ainsi récemment calculé les différences de prix du téléphone Samsung Galaxy Ace selon une offre de huit opérateurs, dont quatre qui séparent bien l'achat du téléphone et le prix du forfait. Après 24 mois, les offres de Free et Numericable, les moins chers, ont coûté 1.000 euros de moins que celle d'Orange et de SFR. Soit cinq Samsung Galaxy Ace neufs, a calculé le site Internet. Après trois ans, la différence monte à 1.600 euros, l'équivalent de 8 téléphones neufs, en plus de celui acheté au départ.

graphique, samsung

© LESNUMERIQUES.COM

Xavier Niel, qui a lancé Free mobile en janvier, dénonce lui une "façon de faire du crédit à la consommation déguisé sans se soumettre aux contraintes légales" dans une interview au magazine Capital publié jeudi. Il précise que le mécanisme de subvention des trois autres opérateurs "a été considéré comme illégal par les juristes de Free", raison pour laquelle il traîne SFR devant le tribunal de commerce de Paris.

L'association de consommateurs UFC-Que Choisir travaille depuis cinq ans sur ce dossier. "Nous avons recensés des cas de clients qui ont pris des forfaits qu'ils sont incapables de payer. Mais un engagement dans un crédit nécessite une vérification de la solvabilité du client", relate Edouard Barreiro. Ce dernier cite également en exemple ces clients qui continuent de payer leur téléphone chaque mois avec leur forfait, alors qu'ils l'ont perdu ou cassé.

Le subventionné coûte plus cher

Pour justifier leurs prix, les opérateurs historiques mettent en avant leur service client plus développé, le nombre de personnes qu'ils emploient. Mais il y en a un autre, moins connu : "Ils aiment la pré-visibilité", confie Edouard Barreiro. "En engageant un client sur vingt-quatre mois, vous prévenez la concurrence qu'il n'est pas disponible". L'arrivée des forfaits sans engagements a attisé, d'après l'expert multimédia, l'envie de comparer les offres de la part des clients. 

Pour autant, ce modèle semble s’essouffler, selon lui. Même s'ils souhaitent l'assouplissement de la loi Chatel, qui protège les clients en les autorisant par exemple à quitter leur opérateur au bout d'un an moyennant 25% de ce qu'ils auraient dû payer jusqu'à la fin de leur contrat, les trois opérateurs ne trouveraient plus tant que ça leur compte dans ces subventionnements. Ou beaucoup moins.

Les exigences d'Apple

Très exigeants, les fabricants de mobiles laissent en effet des marges infimes aux opérateurs. Pour Apple, c'est un tout petit peu plus que rien. "Apple a des exigences très importantes et des clauses strictes qui font de lui l'un des plus subventionnés. En plus, il fait payer pour que ses produits soient utilisés dans les pubs des opérateurs", précise Edouard Barreiro. Comme avec ses autres produits technologiques, la firme américaine ne laisse pas aux autres le soin de faire des bénéfices à sa place.

"Orange, n°1 des opérateurs, doit parvenir à tirer un peu de profit avec les produits Apple qu'il vend avec ses forfaits. Je suis moins sûr pour SFR et Bouygues", évalue le spécialiste.

Mais il n'y a pas que le géant à la pomme qui n'offre quasiment aucune marge aux opérateurs. Fort de son succès, Samsung, devenu n°1 mondial des téléphones mobiles en avril, pourrait bien revoir ses contrats à la hausse, d'après le spécialiste de l'association de consommateurs. "Samsung va monter en puissance et pourrait mener des négociations plus dures. Mais il n'a pas la même culture de verrouillage du marché qu'Apple", note-t-il toutefois, laissant une petite .

Quant à Google, propriétaire du système Android, il va "devenir de plus en plus incontournable" sur ce marché et risque aussi de réclamer son dû aux opérateurs...