Forte baisse du chômage : pourquoi c'est "la réussite de François Hollande"

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Forte baisse du chômage : pourquoi c'est "la réussite de François Hollande"
François Hollande récolte les fruits de ses réformes, à retardement.@ ludovic MARIN / AFP
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Le taux de chômage a atteint son plus bas niveau depuis 2009 en France fin 2017, à 8,6%. Une amélioration notable et qui doit beaucoup aux réformes de François Hollande.

ON DÉCRYPTE

C’est une belle surprise que personne n’attendait : le taux de chômage est repassé sous les 9% au quatrième trimestre 2017, selon les chiffres provisoires de l'Insee publiés jeudi. Précisément, le chômage a fortement reculé de 0,7 point en trois mois pour atteindre 8,6% en métropole et 8,9% avec l'Outre-mer, au plus bas depuis 2009. Un résultat qui doit beaucoup à… François Hollande.

Réussite à retardement pour Hollande. C’est en tout cas ce qu’affirme Stéphane Le Foll jeudi matin. Interrogé sur les chiffres du chômage par Patrick Cohen dans Europe 1 Matin, l’ancien ministre socialiste a dit "merci aux décisions qui ont été prises sous le quinquennat de François Hollande", louant les mesures prises en faveur des entreprises comme le CICE et le Pacte de responsabilité. "C’est effectivement la réussite de François Hollande, avec du retard", confirme Éric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l’OFCE, interrogé par Europe 1.

>> Réécoutez l'interview de Stéphane Le Foll : 

"François Hollande a cherché à aider les entreprises à rétablir leurs marges pour qu’elles puissent à nouveau investir et embaucher. C’est un raisonnement juste qui porte ses fruits aujourd’hui", assure l’économiste. Résultat : sur un an, le taux de chômage a enregistré une baisse de 1,1 point, soit "la plus forte baisse depuis le premier trimestre 2008", précise l’Insee. Au total, sur le dernier trimestre de l'année 2017, l'institut de la statistique a comptabilisé en moyenne 2,5 millions de chômeurs en métropole, soit 205.000 chômeurs de moins, et 2,66 millions dans la France entière.

Le gouvernement a raté le coche en 2014. François Hollande peut donc se féliciter, mais il peut aussi regretter que ces bons résultats arrivent après la fin de son mandat. Un constat amer que partage Stéphane Le Foll. "Entre la mise en œuvre du CICE et du Pacte de responsabilité en 2013 et la reprise à l’échelle européenne en 2015, nous avons raté l’occasion d’en faire plus en 2014, une année charnière", a reconnu l’ancien ministre de l’Agriculture. "Cette année manquée décale les résultats positifs d’un an et fait qu’ils tombent pour Emmanuel Macron et pas pour François Hollande. C’est dommage mais tant que ça bénéficie aux Français, tant mieux."

Pour Éric Heyer, si la baisse du taux de chômage est si tardive, c’est surtout parce que François Hollande a fait "une erreur de politique économique". "Pour financer les 40 milliards de baisses de charges des entreprises, il aurait pu et dû décider de laisser couler le déficit. A la place, il a choisi d’augmenter les impôts des ménages", souligne l’économiste. "Ce transfert de revenus des particuliers vers les entreprises a entraîné une baisse de pouvoir d’achat pour les ménages, encore sensible aujourd’hui. Résultat, la demande a baissé immédiatement alors que la hausse de l’offre tardait à venir, le temps que les aides se mettent en place."

Entendu sur Europe 1
Les résultats sont surprenants, pour ne pas dire incohérents

Hollande paye son indécision. Ce décalage a grippé la machine en début de quinquennat, reportant dans le temps les effets positifs des réformes lancées par les gouvernements Ayrault et Valls. "Contrairement aux Allemands qui ont accepté d’exploser le déficit pour financer leurs réformes structurelles dans les années 2000, nous avons voulu jouer sur les deux tableaux en même temps. Cela a permis de réduire rapidement le déficit de la France mais on a aussi perdu presque deux ans de baisse du chômage", analyse Éric Heyer.

Maintenant que ça paye, faut-il s’attendre à voir le chômage reculer continuellement ? Pas forcément, avertit l’économiste. D’abord car les excellents chiffres du quatrième trimestre sont "surprenants, pour ne pas dire incohérents". "Il y a eu 50.000 créations d’emplois sur les trois derniers mois de l’année, cela ne fait pas baisser le chômage de 0,7 point. Étant donné le rythme de croissance de la population active, 250.000 créations de postes n’expliquent pas un si fort recul du chômage", explique Éric Heyer qui s’attend dans les prochains mois à des révisions à la hausse des chiffres de créations d’emplois et de la croissance… ou à une correction du taux de chômage vers le haut.

Macron se concentre sur les réformes de fond. Preuve que la baisse spectaculaire du quatrième trimestre a surpris tout le monde, Emmanuel Macron affirmait encore cette semaine que le chômage structurel - niveau incompressible sans réforme en profondeur du marché du travail, atteignait 9% en France. Une déclaration contredite deux jours plus tard par l’Insee. "En réalité, le taux de chômage structurel se situe selon nos prévisions entre 6,5% et 7%", nuance Éric Heyer. "Le chômage conjoncturel est donc encore important, c’est la preuve qu’il faut continuer de soutenir l’activité économique."

Ce qui n’est semble-t-il pas la priorité d’Emmanuel Macron. "Les réformes engagées (ordonnances travail) ou lancées (apprentissage, formation professionnelle, assurance-chômage) sont purement structurelles", pointe l’économiste de l’OFCE. "Elles seront intéressantes quand le taux de chômage sera descendu aux alentours de 7%. A ce moment-là, elles permettront d’améliorer plus avant la situation de l’emploi. Mais avant cela, il faut arriver à 7%…"