Fiche S à la RATP : la fausse solution de Pécresse

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Fiche S à la RATP : la fausse solution de Pécresse
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RETOUR SUR - La tête de liste LR aux élections régionales veut que tout employé de la RATP faisant l’objet d’une fiche S ne puisse pas conduire un bus, un tram ou un métro. Mais ce n’est pas si simple. 

Evoquant les attentats à Paris, la candidate Les Républicains en Ile-de-France Valérie Pécresse a de nouveau exprimé sa crainte de voir des individus faisant l’objet d’une fiche S travailler pour la Ratp et la SNCF. Invitée d'Europe 1, lundi matin,  la députée des Yvelines a demandé à que ces personnes ne puissent pas conduire de bus, tram ou métro. Mais est-ce réaliste ?

Pécresse veut priver les fichés de volant. Interrogée sur les récents attentats qui ont frappé Paris, Valérie Pécresse n’a pas caché son inquiétude à propos des personnes faisant l’objet d’une fiche S, un outil qui permet aux autorités de signaler des individus jugés potentiellement dangereux. Son souhait ? Qu’ils n’aient pas accès aux commandes des transports en commun de l’agglomération parisienne. 

"Il ne doit plus y avoir de radicalisé S qui conduise un train, un bus ou un métro, a asséné la députée des Yvelines. Les services de renseignement ont des informations sur des personnes qui se radicalisent et sont potentiellement dangereuses, ils doivent donner ces informations aux gestionnaires des grands services publics et aux employeurs des sites Seveso dangereux."


"Il ne doit plus y avoir de radicalisé S qui...par Europe1fr

Une mission impossible actuellement. Ce qui relève du bon sens n’est pourtant pas si évident. D’abord parce que les entreprises ne peuvent pas savoir si leurs employés ou leurs candidats font l’objet d’une fiche S. Et elles peuvent encore moins en connaitre le contenu. Ce que la RATP rappelait d’ailleurs mi-novembre : "concernant les ‘fiches S’, la RATP n’a, comme tout employeur, aucun moyen de savoir si ses agents sont concernés par ce type de fiches, puisqu’elles ne sont, en aucun cas, communiquées aux entreprises".

Consciente de cette limite, la candidate a d’ailleurs déjà posé la question au ministre de l’Intérieur le 17 novembre lors d’un débat à l’Assemblée nationale. Bernard Cazeneuve s'est alors dit "prêt" à étendre aux sociétés de transports en commun des dispositions de "criblage" comme il en existe déjà pour certaines professions, dont les employés de centrales nucléaires. En clair, que les entreprises puissent demander aux autorités si les personnes qu’elles recrutent peuvent être dangereuses, sans savoir ce qui leur est reproché.

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© JACQUES DEMARTHON / AFP

La fiche S, un outil très limité. Aussi séduisante soit-elle, la consultation directe ou indirecte des fiches S par les entreprises n’apporte qu’une solution très limitée. D’abord en raison de la nature des fiches S : un individu peut faire l’objet d’un signalement sur un simple soupçon, sans aucune preuve. Et il ne recense pas que les seuls terroristes supposés : des activistes politiques, des hooligans ou des militants anti-nucléaire y figurent aussi alors qu’ils ne représentent pas de danger particulier au volant d’un bus.

De plus, un nom peut rester inscrit sur une fiche S un certain temps sans qu’aucune vérification ne soit effectuée. Et quand bien même un individu aurait fait l’objet de signalement détaillé, cela n’en fait pas un coupable tant que la justice n’a pas tranché. Bref, pour éviter les accidents, toute fiche S devrait être étudiée et validée par les services de sécurité et la justice avant d’être transmise à une entreprise. Ce qui paraît peu réaliste.

Sans oublier que si la RATP devait explorer cette voie, elle devrait ne pas se limiter aux seuls conducteurs : de nombreux autres postes sont tout aussi sensibles. Un mécanicien ayant de mauvaises intentions peut être tout aussi dangereux et dissimuler une bombe dans un véhicule. Le nombre d’employés à contrôler pourrait rapidement devenir ingérable.

La solution proposée par Valérie Pécresse est donc loin d’être satisfaisante et suppose d’être peaufinée. En attendant, les entreprises n’ont qu’une solution, bien incomplète : fouiller sur Internet pour retracer les traces numériques laissées par les personnes qu’elles emploient. En espérant que ces dernières ne soit pas trop discrètes ni dissimulées derrière un pseudo.