Etat-PSA : le grand marchandage

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Etat-PSA : le grand marchandage
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Le groupe obtient une garantie de l'Etat pour sa filiale bancaire en échange de contreparties.

L'Etat se résigne au plan social de PSA mais sauve sa filiale bancaire ? La pilule aura certainement du mal à passer auprès des syndicats de salariés du constructeur automobile qui négocient actuellement l'ampleur du plan et les conditions de départ des ouvriers. Les pouvoirs publics tiennent donc à garder la face : "Le gouvernement n'a pas du tout l'intention de faire des cadeaux comme cela sans contreparties", a insisté le Premier ministre Jean-Marc Ayrault.

• Ce qu'a obtenu PSA :

La Banque PSA Finance (BPF), filiale financière du groupe, obtient la garantie de l'Etat sur ses nouvelles émissions obligataires jusqu'à un montant de sept milliards d'euros et pour une durée de trois ans. En clair, BPF pourra continuer à emprunter et à proposer des crédits à ses clients, alors que la dégradation de la note de PSA par les agences de notation la mettait en grande difficulté.

BPF obtient également une rallonge bancaire : ses banques créancières sont sollicitées "pour mettre à disposition des liquidités d'un montant de 11,5 milliards d'euros", a précisé Jean-Baptiste de Chatillon, directeur financier du groupe.

• Ce qu'a obtenu l'Etat :

Les salariés et l'Etat font leur entrée au sein du conseil de surveillance du groupe. Un administrateur sera un salarié de PSA, un autre, indépendant, sera chargé du lien avec l'Etat. Le conseil ne comptait auparavant que des membres de la famille Peugeot et des administrateurs indépendants.

Les actionnaires  devront également porter une partie de l'effort. Aucun dividende ne sera versé pendant la période de garanties de l'Etat à BPF. Aucun rachat d'actions ne sera non plus effectué. Enfin, les membres du directoire n'obtiendront pas d'options de souscription ou d'achat d'actions ni d'actions gratuites. "Nous demandons au groupe PSA (…) de tout concentrer sur le redressement de l'entreprise", a affirmé le Premier ministre.

Un comité de suivi de la garantie d'Etat sera par ailleurs mis en place et devra donner son accord "à toute opération affectant le contrôle ou le périmètre du groupe", explique Bercy.

 Ce que n'a pas obtenu l'Etat :

Mardi, le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg avait exigé qu'en échange de la garantie publique, PSA revoie à la baisse les 8.000 suppressions de postes annoncées, de l'ordre de "centaines d'emplois préservés". Peine perdue : PSA a renvoyé l'Etat au dialogue actuellement mené avec les syndicats. Une rencontre tripartite entre l'Etat, les syndicats et la direction de PSA sur ce sujet aura d'ailleurs lieu demain.

Pendant ce temps, à la Bourse de Paris, ce marchandage est très mal accueilli. L'annonce d'un arrêt des dividendes pendant trois ans fait fuir les actionnaires : le titre PSA Peugeot Citroën a atteint son plus bas niveau depuis 26 ans : vers 11h30, il recule de 6,54% à 5,45 euros après avoir plongé de plus de 7% dans la matinée.







Axel de Tarlé décrypte cet appel au secours de PSA qui devrait être très coûteux dans son "Zoom éco" :