Et si on supprimait les retraites chapeaux ?

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Et si on supprimait les retraites chapeaux ?
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POLÉMIQUE- Le PDG d'Orange, Stéphane Richard, n’est pas contre la suppression d’un dispositif "très très difficile à admettre".

Même si le gouvernement a décidé de ne pas s’y opposer, la retraite chapeau dont va bénéficier le PDG de GDF Suez continue de susciter le débat. Il faut dire que Gérard Mestrallet touchera, en plus de sa retraite, un bonus de 831.641 euros par an. Pour mettre fin à ces polémiques à répétition, un autre grand patron, Stéphane Richard, à la tête d'Orange, ne serait pas contre leur suppression pure et simple.

Mestrallet GDF 640

© Reuters

Revoilà les retraites chapeaux. Gérard Mestrallet, à la tête du géant gazier, va quitter son poste en 2016 après une trentaine d’années passées dans l’entreprise. Et pour compléter sa retraite, GDF Suez a mis de côté 21 millions d’euros. Un chiffre avancé par Le Canard Enchainé mais contesté par l’entreprise. Qui dément aussi le terme de "retraite chapeau" et préfère parler de "régime de retraite supplémentaire du groupe". Seule certitude, le futur ex-PDG touchera 831.641 euros par an au titre de sa retraite complémentaire.

Les syndicats n’ont pas tardé à hausser le ton. Alors que "beaucoup de salariés" du groupe "vivent avec des salaires au niveau du Smic", "ils voient leur patron s'octroyer des modalités de retraite hors de l'entendement", a dénoncé la CGT. Le secrétaire national du syndicat, Thierry Lepaon, a donc demandé vendredi sur Europe 1 à l’Etat, qui détient un tiers du capital de l’entreprise, de faire pression pour annuler cette retraite chapeau. Mais le gouvernement a préféré botter en touche, estimant cette retraite chapeau comme "acquise" et rejetant "l'origine de la décision" sur le gouvernement qui avait précédé l'arrivée de la gauche au pouvoir.

Stéphane Richard, France Télécom

© REUTERS

Le PDG d’Orange propose de les interdire. "Chaque fois qu'une affaire de retraite chapeau sort, il y a beaucoup d'émotion dans l'opinion et on peut le comprendre. Je pense, si vous voulez, qu'il y a un effet consistant à perpétuer une forme d'inégalité ou de désavantage qui est quand même très, très difficile à admettre", a réagi Stéphane Richard, mercredi sur RTL. Et le PDG d'Orange de se déclarer favorable à la suppression de ces retraites chapeaux : "je pense que ce serait une voie peut-être assez saine et assez pragmatique".

Mais au fait, à quoi sert une retraite chapeau ? Le système de retraite français limite le montant des retraites – hors complémentaires – à 50 % du plafond de la sécurité sociale, soit 1.564 euros bruts par mois en 2014. Même si le régime complémentaire  peut faire gonfler ce montant, le passage à la retraite peut être rude pour les PDG  gagnant des salaires à six chiffres. Certaines entreprises proposent donc des retraites chapeaux – aussi appelées retraites surcomplémentaires - pour que leurs dirigeants et certains cadres conservent leur niveau de vie. Mais aussi, arguent-elles, pour attirer les meilleurs aux postes de direction.

Début 2012, la Fédération française des sociétés d'assurance (FFSA) affirmait que 11.000 entreprises avaient mis en place un tel dispositif au bénéfice d’un million de Français. Si, selon son décompte, la moitié des bénéficiaires touchaient moins de 2.000 euros par an, le magazine Capital d'août 2010 affirmait que les 30 retraites chapeaux les plus élevées de France se situaient à une moyenne de 720.000 euros par an.

Varin PSA CCE

© REUTERS/John Schults

Une suppression est-elle possible ? Les retraites chapeaux sont, avec les "parachutes dorés", devenues le symbole des avantages rondelets dont bénéficient les patrons et qui provoquent de plus en plus de débats en ces temps de crise. La précédente polémique sur le sujet concernait Philippe Varin, PDG de Peugeot-Citroën, pour lequel le constructeur automobile avait mis de côté 21 millions d’euros. L’entreprise étant en pleine restructuration et ayant bénéficié du soutien financier de l’Etat, Philippe Varin avait préféré y renoncer. D’autres ont au contraire tenu bon malgré la pression médiatique : Antoine Zacharias, parti du groupe Vinci avec la certitude de toucher 2,5 millions d’euros par an, ou encore Yves-Thibault de Silguy, assuré de se voir verser par la même entreprise 380.000 euros par an, après y avoir passé seulement cinq ans.

Les politiques ont bien été tentés d’encadrer ce dispositif. Mais, lancé dans une opération séduction auprès des entreprises, le gouvernement actuel n’a pas souhaité légiférer et s’est contenté de limiter la rémunération des PDG d’entreprises publiques. Si le candidat Nicolas Sarkozy avait promis de les supprimer en 2007 (puis en 2012), il n’en a finalement rien été : le gouvernement avait finalement préféré miser sur l’auto-régulation, laissant au patronat le soin de rédiger un code de bonne conduite, le code Afep-Medef. Mais ce dernier n’a aucun caractère obligatoire. Les députés ont certes essayé en 2009 d’encadrer les retraites chapeaux mais leur amendement avait ensuite été retiré à la demande d’Eric Woerth.