Envol du franc suisse : qui sont les perdants et gagnants ?

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Envol du franc suisse : qui sont les perdants et gagnants ?
@ FABRICE COFFRINI/AFP
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ARGENT - La Banque nationale suisse a pris tout le monde par surprise jeudi en laissant filer la monnaie nationale. Une décision aux conséquences bien concrètes.

Le monde de la finance a les yeux rivés sur la Suisse depuis jeudi et la décision de la banque nationale suisse de ne plus arrimer le franc suisse sur l’euro. Place boursières dans le rouge, déclaration publique de la patronne du FMI, etc. : les réactions sont à la hauteur de la surprise. Mais, comme souvent, une telle rupture ne fait pas que des perdants et profite aussi à certains.

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LES GAGNANTS 

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© FABRICE COFFRINI/AFP

Les transfrontaliers qui travaillent en Suisse. Tout les personnes qui travaillent en Suisse mais résident à l’extérieur de ses frontières sont les premiers gagnants car s’ils sont payés en francs suisses (CHF), ils vivent et paient en euros. Et comme le franc suisse vaut désormais plus d’euros qu’auparavant (1 CHF vaut désormais 0,96 €, contre 0,83 € auparavant), ils ont vu leur pouvoir d’achat bondir de plus 20% en moins de 24 heures.

Les quelques 140.000 Français concernés ont donc le sourire mais cette bonne nouvelle pourrait avoir des conséquences néfastes à moyen et long termes : si l’économie suisse, très exportatrice, ralentit à cause de l’envol soudain du CHF, c’est l’activité qui risque de ralentir et de se traduire par des destructions d’emplois... dont les transfrontaliers pourraient bien être les premières victimes. 

Les consommateurs suisses. Pour ces derniers, rien ne va changer en ce qui concerne les biens produits en Suisse. Mais les biens importés de l’étranger vont, eux, voir leur prix baisser : le consommateur suisse devrait donc gagner en pouvoir d’achat. Et encore plus les Suisses qui ont pris l’habitude de faire leurs courses en France, où les prix sont moins élevés.

LES PERDANTS 

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© FABRICE COFFRINI/AFP

Les entreprises suisses qui exportent. Les entrepreneurs suisses n’ont pas caché leur agacement après la décision de la banque nationale suisse que personne n’avait anticipé. Et pour cause : une bonne partie des sociétés helvétiques réalisent la majeure partie de leur chiffre d’affaires à l’exportation, ce qui est encore plus vrai pour les marques de luxe, comme dans l’horlogerie. Or un franc suisse plus fort, ce sont des prix en devises étrangères plus élevées. Et le risque de voir les ventes reculer.

Les consommateurs qui achètent suisse. Comme expliqué précédemment, si les prix des produits fabriqués en Suisse augmentent, les consommateurs risquent de s’en détourner. Et s’ils veulent rester fidèle au Made in Schweiz, il faudra en payer le prix, en l’occurrence 30% plus cher qu’auparavant.

Les personnes qui ont contracté un emprunt en CHF. Cette situation concerne de moins en moins les emprunteurs français, vaccinés après l’expérience de 2008/2009, lorsque les emprunts libellés en CHF sont devenus des prêts quasi toxiques. Certaines collectivités françaises n'ayant pas encore renégocié leurs prêts libellés en CHF risquent néanmoins d'avoir le vertige en voyant leur taux d'intérêt bondir. Dans d’autres pays, il est toujours fréquent de contracter des emprunts libellés dans la monnaie helvétique pour obtenir de meilleurs taux. Or, après l’envol du CHF, celui qui devait rembourser 100 se retrouve à devoir rembourser 120, voire plus selon le cours de sa monnaie. C’est notamment le cas en Croatie, en Pologne ou encore en Hongrie, même si ce pays a mis en place un système pour se prémunir contre ce genre d’incident.

Les courtiers et les boursicoteurs. Dans le secteur de la finance et de l’assurance, la décision surprise de la banque nationale suisse a aussi fait des victimes. Et notamment chez les courtiers spécialisés dans les opérations de change : les entreprises qui proposent de spéculer sur l’évolution des devises ont perdu des plumes, dont la société FXCM. Tout comme les particuliers qui ont voulu s’amuser à faire du trading sur les devises et utilisant les effets de levier : ces derniers ont probablement presque tout perdu. En outre, les assureurs font aussi la grimace : certaines entreprises qui opèrent dans plusieurs pays et avec des monnaies différentes prennent des assurances pour éviter de tels accidents. Or, comme un tel accident vient de survenir, certaines compagnies d’assurance vont devoir sortir leur chéquier.

Les touristes en Suisse. C’est plus anecdotique, mais les touristes qui se rendent en Suisse risquent de voir s’envoler la note, qui était pourtant déjà salée en raison du niveau de vie suisse. Pas idéal en pleine période de sports d’hiver.

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