Encadrement des loyers : "le vrai problème : le manque de logement"

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Jean-François Buet, président de la FNAIM, regrette les "effets pervers négatifs" du décret qui entre en application samedi.

Encadrer les loyers parisiens. Dans une capitale où trouver un logement à la location relève trop souvent du casse-tête, l’entrée en application samedi de cette disposition parmi les plus symboliques de la loi Alur est pour le moins attendue. Pour autant, que va vraiment changer ce dispositif ? Est-il aussi efficace qu’espéré ? Réponses avec Jean-François Buet, président de la FNAIM (Fédération nationale de l’immobilier), invité vendredi d'Europe 1. Ce professionnel du logement regrette certains "effets négatifs" que risque d’avoir ce décret.

Ce que dit la loi. A partir du 1er août, dans la capitale, les loyers ne pourront plus dépasser un certain seuil de référence, fixé selon le quartier (les détails ici). Selon les calculs de l'Observatoire des loyers de l'agglomération parisienne (Olap), l'encadrement dans la capitale va se traduire par une baisse de loyer allant jusqu'à 50 euros pour un tiers des nouveaux locataires, de 50 à 100 euros pour un autre tiers d'entre eux, et supérieure à 100 euros pour le tiers restant. Les 10% des loyers les plus chers devraient baisser de plus de 240 euros. A titre d’exemple, selon le site de recherche de colocation Au Troisième, on trouvera ainsi des studios de 18m² à 646 euros par mois maximum à Trocadero, 602 euros à la Sorbonne ou encore 596 euros à Bastille.

Verra-t-on une baisse de l’ensemble des loyers parisiens ? "Non, cela va permettre de revoir certains loyers à la baisse, lors d’une nouvelle location ou lors d’un renouvellement de bail tous les trois ans. Il y aura la possibilité d’être sur un loyer médian majoré voire même au-delà en fonction de certaines fonctions caractéristiques du logement", analyse Jean-François Buet. "On considère que cela va concerner d’abord que 20% des logements. Dans ces 20%, il y a en a pour lesquels il n’y aura pas d’incidence, ou de l’ordre de 50 euros. Et il y en aura quelques uns pour lesquels l’incidence sur le montant du loyer risque d’être plus importante", poursuit-il.

A qui cette disposition va-t-elle profiter ? "Cela va plutôt profiter aux nouveaux locataires des petites surfaces dans les quartiers demandés, qui vont pouvoir avoir accès à un logement à un loyer a priori plus mesuré", note le président de l’union de syndicats de professionnels de l’immobilier. Puis de nuancer : "enfin, s’ils trouvent le logement... Car le vrai problème est que l’on manque énormément de logement".

Quels effets pour les propriétaires ? Ce texte n’a pas tout pour plaire aux propriétaires, c'est un euphémisme : "cela ne pousse pas certains d'entre eux à continuer de mettre en location certains logements. On a vu, au printemps des propriétaires dire ‘mon logement va se trouver libre et pour le relouer il faut que je fasse des travaux. Les impôts ont augmenté, la taxe foncière a augmenté de 58% en 10 ans, finalement, si en plus il y a encadrement des loyers, peut-être que je ne vais pas relouer et que je vais vendre’", rapporte Jean-François Buet.

"Cela diminue le nombre de logements". "Pour certains propriétaires bailleurs, il peut y avoir des effets pervers négatifs, et nous avons peur que cela diminue le nombre de logements à louer alors que l’on en voudrait beaucoup plus", analyse le professionnel de l’immobilier. "Dans les villes moyennes en France, où il y a plus de logements que de demandes - on a parfois 4,5 voire 8.000 logements vacants. Là, les loyers baissent. Donc on voit bien que ce qui fait baisser le loyer, c’est aussi l’offre et la demande. Alors qu’à Paris, la demande est très largement supérieure à l’offre", regrette-t-il.

"Le vrai problème, c’est le manque de logements". "Si on avait plus de constructions de logements, de réhabilitation de logements, une vraie politique incitative auprès des bailleurs pour mettre en place des investissements locatifs et les aider à faire des travaux et ainsi à mettre des logements location, on répondrait mieux à l’attente des locataires", estime-t-il.

Conclusion, pour Jean-François Buet : si le décret "va freiner certains excès de certains propriétaires pour certains types de logements, cela reste à la marge". Pour lui, "le vrai problème, c’est que l’on manque de logements".