Emplois : Alcatel ne répond plus

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Emplois : Alcatel ne répond plus
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Engagé dans un plan d'économies, le groupe supprime 5.490 postes, dont 1.430 en France.

La saignée continue. Alcatel-Lucent a annoncé jeudi un nouveau plan social : quelque 5.490 postes seront supprimés dans le monde, sur les 76.000 que compte l'équipementier télécom. En France, le choc est rude : 1.430 emplois vont disparaître. "Une catastrophe humaine et industrielle", déplore l'intersyndicale CFDT, CGT et CFE-CGC, un "Trafalgar social et industriel' selon le parti communiste français. "Ce sont des décisions difficiles mais elles sont nécessaires pour la santé et la rentabilité durable du groupe à long terme", justifie de son côté un porte-parole d'Alcatel.

Les fonctions dites "support", liées à la vente, au marketing, aux ressources humaines et à la finance, seront les plus touchées. A l'inverse, la recherche et développement sera, comme prévu, épargnée. Selon les informations recueillies par Europe 1, le site historique de Vélizy-Villacoublay sera même fermé. Sur les 2000 personnes qui y travaillent, toutes ne seront pas licenciées mais transférées sur un autre site du groupe, à une vingtaine de kilomètres. "Une double peine", estime Hervé Lassalle, délégué CFDT, au micro d'Europe 1.

1,25 milliard d'économies d'ici fin 2013

Alcatel-Lucent navigue dans un environnement difficile : une conjoncture en berne qui pèse sur la demande, des opérateurs téléphonique engagés dans une guerre des prix depuis l'arrivée de Free Mobile… et surtout une concurrence acharnée des groupes chinois en Europe. Huawei et ZTE mangent ainsi les parts de marché du Français mais aussi de l'Allemand Siemens et du Finlandais Nokia. Le chiffre d'affaires d'Alcatel a ainsi été divisé par deux en deux ans…

Pour tenter de sortir la tête de l'eau, le groupe s'est lancé dans un vaste plan de réduction de coûts. Depuis la fusion, en 2006, du Français Alcatel et de l'Américain Lucent Technologies, de vastes plans sociaux sont annoncés chaque année. Cet été, après avoir annoncé une lourde perte nette de 254 millions d'euros au deuxième trimestre, le groupe a accentué le rythme des réformes. Il vise désormais 1,25 milliard d'euros de réduction de coûts d'ici fin 2013.

" Préserver les fonctions les plus stratégiques "

Bien qu'Alcatel assure que la France reste un "élément névralgique" de sa stratégie, les syndicats s'inquiètent pour le secteur des télécoms français dans sa globalité. "Vous utilisez tous des téléphones portables et Internet, note Hervé Lassalle de la CFDT. Le réseau, même si on ne le voit pas, c'est nous, c'est Alcatel qui le fait (…). Ce serait dommage que l'Europe et la France perdent cette capacité d'innovation dans ces domaines stratégiques".

Même inquiétude du côté du gouvernement : les ministres du Travail Michel Sapin et du Redressement productif Arnaud Montebourg ainsi que la ministre chargée de l'Economie numérique Fleur Pellerin se disent "extrêmement vigilants à ce que le projet d'Alcatel-Lucent préserve les fonctions les plus stratégiques du groupe en France". Ils espèrent "un dialogue exemplaire (…) avec les organisations syndicales afin de trouver une solution d'emploi à chaque salarié qui pourrait être concerné par le projet annoncé", écrivent-ils dans un communiqué commun.

De leurs côté, les syndicats ne comptent pas se laisser faire. Des assemblées générales sont prévues vendredi, au moment où des comités d'entreprise sont organisés dans les différentes filiales du groupe. La CFDT a également lancé un appel à des manifestations.