Economie collaborative : "Le problème, ce sont les dérives"

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Les services ponctuels entre particuliers doivent être distingués d'activités semi-professionnelles et minoritaires, selon Philippe Moati, invité d'Europe 1, vendredi.

"Des modes de consommation qui mettent en rapport des particuliers directement, par l'intermédiaire, en général, d'une plateforme internet qui sert la transaction." C'est la définition de l'économie collaborative donnée par Philippe Moati, professeur d'économie à l'université Paris-Diderot et co-fondateur de l'Observatoire Société et Consommation, vendredi, sur Europe 1. "Le secteur est encore émergent", souligne-t-il. "On parle beaucoup d'Airbnb, qui n'a été fondé qu'en 2008 : c'est tout à fait nouveau".

Des flux échappant à l'impôt. "L'idée de départ de l'économie collaborative est très sympathique, conviviale", poursuit Philippe Moati. "C'est un moyen de se procurer un peu d'argent, d'arrondir ses fins de mois." Le problème, selon le professeur d'économie, se pose lorsque la pratique dépasse cette petite échelle et "dérive". "Quand ça devient une activité semi-professionnelle, ce qui représente une infime partie des pratiquants, ça peut poser des problèmes par rapport au fisc", reconnaît-il. "On ne comprend pas pourquoi ces flux échapperaient à l'impôt et aux cotisations sociales."

"Assécher le marché immobilier". Un raisonnement qui pousse le législateur à "courir derrière pour comprendre les tenants et les aboutissants de cette économie", explique Philippe Moati. Le 30 avril, les sénateurs ont ainsi adopté un amendement au projet de loi numérique autorisant les communes de plus de 200.000 habitants à rendre obligatoire l'enregistrement de locations ponctuelles via des sites Internet comme Airbnb. "Dans les grandes villes, quand on loue une part importante de l'année, ça devient rentable", reconnaît Philippe Moati. "C'est une minorité, mais ils peuvent contribuer à faire monter les prix et à assécher le marché pour la location immobilière."

Les professionnels s'en mêlent. Le professeur d'économie réfute cependant le concept "d'ubérisation" de l'économie, estimant qu'on "mélange les choses". "Quand il s'agit de mettre en relation des particuliers qui échangent par l'intermédiaire d'un site, il n'y a pas de problème. Là où ça devient problématique, c'est quand face à un particulier il y a  un professionnel, quelqu'un qui exerce cette activité pour en tirer un revenu qui est nécessaire à son train de vie. C'est la différence entre Airbnb, quand c'est fait occasionnellement, et Uber."

Le débat concernant la taxation des revenus gagnés sur le site Le Bon Coin est tout autre, selon Philippe Moati. "Ce que vous gagnez quand vous vendez des produits d'occasion, ce n'est pas un revenu net, inutile de le déclarer", indique le professeur. "En revanche, ça devient 'taxable' si on a acheté des marchandises pour les revendre", précise-t-il. "Alors, c'est commerçant."