Des fonds publics, à condition… de licencier

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Des fonds publics, à condition… de licencier
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L’équipementier automobile Trêves aurait reçu 55 millions d’euros de l’Etat à la condition de fermer deux de ses usines en France.

Les 129 salariés de l’usine PTPM de l’équipementier automobile Trèves d’Ay, dans la Marne, n’en reviennent toujours pas. Engagés dans une mobilisation contre la fermeture programmée du site, malgré l’octroi de 55 millions d’euros de fonds public, ils ont en effet appris, selon l’Humanité, qui révèle l’information dans son édition de mercredi, que cet argent avait été attribué à la condition que la société prenne cette douloureuse décision. La fermeture d’un autre site de Trèves, celui de Sodimatex, dans l’Oise, faisait également partie du deal.

Les syndicats ont appris l’existence de cet étrange marché le 14 octobre dernier, selon l’Humanité, qui relate la scène. Ce jour-là, les élus du comité d’entreprise avaient rendez-vous à Bercy pour y rencontrer Hervé Guyot, directeur du fonds de modernisation des équipementiers automobiles (FMEA), branche sectorielle du Fonds stratégique d’investissement (FSI), créé pour tenter de juguler les effets de la crise.

"Je vais être transparent avec vous. Nous avons décidé en janvier d’intervenir dans le groupe Trèves pour éviter un dépôt de bilan et la décision a été prise en février : on a bien vu que le FMEA ne pouvait pas intervenir sans une restructuration massive, la seule solution viable, c’était la fermeture de deux usines non rentables, dont celle de PTPM", a clairement lancé Hervé Guyot à ses interlocuteurs, médusés. "Pour Hervé Guyot, la décision de fermer devenait irrévocable à partir du moment où Trèves acceptait les aides publiques", précise l’expert du cabinet ACF, présent sur place, cité par l’Humanité.

Les syndicats dénoncent le double langage de Nicolas Sarkozy, qui a avait affirmé le 4 décembre 2008 qu’il n’y aurait "pas d’aide sans engagement à ne plus délocaliser", donc à ne pas fermer d’usine. La sénatrice centriste Nathalie Goulet les rejoint. "Je suis très choquée. Il y a un grand hiatus entre le discours présidentiel qui annonce que le FSI doit être utilisé pour maintenir les emplois (…) et le résultat sur l’emploi", déclare dans l’Humanité l’élue de l’Orne, qui estime que le FSI est "un fonds comme les autres, à valeur spéculative".

Nathalie Goulet remet en donc en cause le fonctionnement même du FSI. "J’aimerais mieux que l’argent public ne soit pas investi dans des entreprise qui licencient. Si la crise continue, il faudra que les parlementaires reviennent à la charge sur l’utilisation des fonds publics."