Delphine Batho victime des lobbys ?

  • A
  • A
Delphine Batho victime des lobbys ?
La ministre de l'Ecologie sortante Delphine Batho accuse les lobbys d'avoir activement oeuvré à son éviction.@ Reuters
Partagez sur :

Limogée, la ministre de l'Ecologie a dénoncé jeudi l'action en coulisses des groupes pétroliers et nucléaires.

Évincée du gouvernement mercredi, Delphine Batho a tenu à dire ses vérités lors d'une conférence de presse jeudi, avec en particulier une cible : les lobbys. La ministre de l'Ecologie sortante a notamment estimé avoir été la cible de "certaines forces économiques", liées notamment au gaz de schiste et au nucléaire, qui auraient "voulu (sa) tête". "Est-il normal que le patron de l'entreprise Vallourec, directement intéressé par l'exploitation des gaz de schiste, ait pu annoncer ma marginalisation des semaines à l'avance devant des responsables de son entreprise aux USA ?", a-t-elle demandé, en s'appuyant sur un article de Challenges faisant état d'une déclaration en ce sens du PDG de Vallourec. Et l'ex-ministre de lâcher : "de quelle information disposait-il pour être si sûr de lui ?"

>> Les lobbies du nucléaire et du gaz de schiste auraient donc torpillé une ministre qui s'estime lâchée par son gouvernement. Mais cette théorie du complot tient-elle la route ?

batho conf

© Reuters

Les grands groupes l'ont bien ciblée. Depuis des semaines, les attaques des cadres dirigeants de grands groupes comme Total, EDF, GDF Suez ou Areva s'étaient multipliées en coulisses. Des groupes souvent très favorables au gaz de schiste et des patrons qui ne supportaient pas l'attitude jugée hostile voire méprisante de l'ex-ministre.

L'un d'eux a confié à Europe 1, ahuri, qu'elle refusait de lui serrer la main et qu'elle envoyait systématiquement son directeur de cabinet pour discuter des dossiers techniques. Autre confidence : lors d'un dîner avec quelques journalistes, un patron assurait que ce sont les équipes de sa propre entreprise qui avaient fini par écrire un des décrets de Delphine Batho, la jugeant incapable de le faire.

L'affaire Vallourec. Outre ces attaques très lourdes, il y a bien sûr l'épisode Vallourec cité par Delphine Batho jeudi. Vallourec, c'est le leader mondial dans la fourniture de tube pour l'exploration pétrolière. Il y a un mois, son PDG avait dit aux Etats-Unis que le cas Batho allait être prochainement réglé. Et pour mettre un peu de sel, ce PDG - qui nie avoir tenu ces propos - est le mari de la directrice de cabinet de François Hollande.

Un complot, non. Des pressions, oui. Delphine Batho a livré sa vision des faits en qualifiant de "complot" le traditionnel jeu de pression et d'influence qui entoure tout gouvernement. Mais elle n'est pas la seule à s'être fait des ennemis. Bien des patrons se plaignent violemment en coulisse d'Arnaud Montebourg ou de Cécile Duflot, ce n'est pas pour autant qu'ils obtiennent leurs têtes. En général, les patrons cherchent plutôt à contourner un ministre et demandent rarement des têtes. Si ces derniers ont bien fait preuve de mépris à l'égard de Delphine Batho, son éviction reste avant tout un acte politique.

>> A lire aussi : L'Ecologie, victime de l'austérité ?