Déficit : le pessimisme de Bruxelles

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Déficit : le pessimisme de Bruxelles
La croissance du PIB ne devrait pas dépasser 0,4% en France en 2013, selon les prévisions d'automne de la Commission européenne publiées mercredi, beaucoup moins optimistes que celles du gouvernement qui table sur 0,8%.@ MAXPPP
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La Commission européenne contredit le gouvernement français sur ses objectifs.

Vous trouvez que l'austérité imposée par le gouvernement Ayrault est trop sévère? Et pourtant, il va falloir faire plus, selon la Commission européenne. Bruxelles vient en effet d'annoncer que la croissance française ne sera que de 0,4% en 2013, contre une prévision de 0,8% prévu par le gouvernement. Ce chiffre n'est pas nouveau, mais il commence à faire consensus. Avant l'Union européenne, le FMI et plusieurs économistes l'avaient déjà avancé.

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Cette fois la Commission va plus loin : elle prédit clairement que la France ne tiendra pas ses objectifs de réduction de déficit. Selon Bruxelles, vu le rythme actuel, les 3% du PIB à l'horizon 2013  auquel l'exécutif se cantonne ne sont qu'un doux rêve. Pire, le déficit devrait stagner à 3,5% du PIB en 2013, et en 2014 également.

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• Le marché de l'emploi en pâtirait. "Les entreprises devraient limiter leurs créations d'emploi pour maintenir leur profitabilité et leur productivité. Le chômage et les hausses d'impôts devraient peser sur le pouvoir d'achat des ménages et maintenir la confiance à un niveau bas", écrit Bruxelles dans un communiqué.  Le taux de chômage en France devrait, dans ce cadre, passer de 10,2% cette année à 10,7% en 2013, et rester à ce niveau en 2014.

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© MAXPPP

• Les efforts budgétaires devraient se corser. La Commission risque d'envoyer – elle ne l'a pas encore fait – un "avertissement précoce" à la France, pour la contraindre à accentuer les efforts. Car pas question pour Bruxelles de réviser l'objectif de 3% en 2013. Or, une baisse de 0,4 point de croissance représente environ 4 milliards d'euros à trouver en plus pour l’État.

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© Reuters

Un montant loin d'être anodin, quelques semaines après le "budget de combat" annoncé par Jean-Marc Ayrault pour 2013.  Ce dernier ne prévoit rien de moins que 30 milliards d'euros d'économie, répartis entre un tiers de réduction de dépenses, un autre de hausse d'impôts pour les ménages, et un dernier de taxes supplémentaires pour les entreprises. Efforts que devront faire les Français, et auxquels viennent s'ajouter les 20 milliards d'économie annoncées mardi pour soutenir la compétitivité des entreprises. C'est d'ailleurs en raison de ces efforts que Bruxelles ne nous a pas encore envoyé d'avertissement. Une tolérance qui pourrait durait jusqu'au printemps dernier, pas plus, selon Le Monde.

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• Quelques touches d'espoir. La Commission européenne ne nous a toutefois pas réservé que des nouvelles pessimistes. Sur le front de la croissance, les choses devraient s'arranger en 2014: "la confiance devrait s'améliorer progressivement, parallèlement à l'atténuation de la crise de la dette dans la zone euro, et à une certaine amélioration de la situation budgétaire du pays", anticipe la Commission. La croissance devrait en conséquence atteindre 1,2% en 2014, soit "légèrement au-dessus du potentiel" de la France en la matière.

• Quelques bons points pour François Hollande. La Commission a par ailleurs salué les mesures pour la compétitivité présentées mardi par Jean-Marc Ayrault. Tout en précisant que ses sombres prévisions sur la croissance et le déficit ne tenaient pas compte de ces annonces, susceptibles de donner de l'air aux entreprises. "La Commission salue la décision importante prise par le gouvernement français d'engager une réforme visant à restaurer la compétitivité économique française", s'est réjoui Oli Rehn, le commissaire européen aux Affaires économiques. Et d'ajouter : " les mesures annoncées mardi contribueront à améliorer la compétitivité et l'emploi".

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© REUTERS

Des déclarations dont devraient se servir François Hollande et son équipe gouvernementale pour se défendre. D'autant que, comme la Commission, le chef de l'Etat, qui mise aussi sur l'application du pacte de croissance adopté au Conseil européen fin juin, fixe à 2014 la date du rebond de l'économie française.
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© REUTERS

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• Pas forcément mieux ailleurs. La France ne serait pas non plus la plus à plaindre en Europe, selon les prédictions de Bruxelles. La Commission revoit drastiquement ses prévisions à la baisse pour l'Espagne, avec une récession de 1,4% en 2013 contre 0,3% prévu initialement. Elle voit également un recul de 1% du PIB portugais, contre une prévision de croissance de 0,3% initialement. Même l'Allemagne voit ses prévisions revues à la baisse : une croissance de 0,8% contre 1,7 à la base.