Darty vaut-il vraiment une telle surenchère ?

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Darty vaut-il vraiment une telle surenchère ?
@ KENZO TRIBOUILLARD / AFP
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La Fnac et Conforama ne cessent de revoir à la hausse leurs offres pour racheter Darty.

Aucun des deux ne compte lâcher prise. La Fnac et Conforama n’ont cessé de se rendre coup pour coup jeudi afin de mettre la main sur Darty, les deux prétendants mettant à chaque fois un peu plus d’argent sur la table. Résultat, alors qu’à l’origine la Fnac proposait 720 millions d’euros pour racheter Darty, les enchères dépassent désormais le milliard d’euros.

Une avalanche de surenchères. Les actionnaires de Darty peuvent se frotter les mains : la rivalité entre la Fnac et Conforama devraient leur permettre de gagner beaucoup d’argent. En effet, quand la Fnac a officialisé son intérêt pour Darty fin septembre 2015, il a proposé 720 millions d’euros. Cette offre ayant reçu un accueil mitigé, il est rapidement revenu avec une nouvelle offre incluant plus d’argent liquide.

Las, alors que la Fnac pensait avoir fait le plus dur, Conforama est sorti du bois début mars et a déclaré son intérêt pour Darty. Et il a proposé encore plus d’argent : environ 860 millions d’euros. Depuis, les deux entreprises ne cessent de surenchérir. Conforama a finalement proposé 940 millions d’euros mercredi ? La Fnac est revenue à la charge jeudi matin avec 990 millions d’euros. Conforama a riposté avec 1,02 milliard d’euros ? La Fnac propose désormais 1,04 milliard d’euros, avant que Conforama ne grimpe jusqu’à 1,09 milliard d’euros, et ce n’est peut-être pas fini.

21.04.Bandeau Fnac.PIERRE FRANCK COLOMBIER AFP.600.180

Une bataille trop coûteuse ? En attendant une possible nouvelle offre, la facture pour acquérir Darty a flambé de 51%. Et 1,09 milliard, cela commence à faire beaucoup pour une entreprise qui n’a dégagé que 13,8 millions d’euros en 2015. D’autant que la Fnac et Conforama sont certes des entreprises qui gagnent de l’argent mais elles sont encore convalescentes.

Conforama ne peut d’ailleurs réaliser cette opération que grâce à l’appui de sa maison mère, le sud-africain Steinhoff, qui pèse 20 milliards d’euros. Quant à la Fnac, la situation est plus compliquée : elle vaut désormais moins d’argent en Bourse que Darty, 945 millions d’euros contre 1,03 milliard d’euros. Elle a donc besoin d’un allié prêt à investir avec elle : hasard du calendrier, elle va ouvrir son capital à Vivendi, qui a acquis 15% de l’entreprise moyennant 159 millions d’euros. Si ce rapprochement lui donne les moyens de ses ambitions, il permet aussi à Vincent Bolloré de mettre un pied dans l’entreprise, ce qui n’est pas anodin

Si la facture peut sembler élevée, surtout pour la Fnac, cette dernière n’a de toute façon pas vraiment le choix : les fabricants d’appareils hifi et électroménagers n’ont eux-mêmes cessé de se racheter les uns les autres depuis la crise de 2009. Résultat de cette concentration : ces fournisseurs pèsent désormais bien plus lourds que la Fnac, qui a plus de mal à négocier les meilleurs prix. Cette dernière a donc choisi de grossir à son tour, une logique également suivie par Conforama.

Au fait, pourquoi un tel intérêt pour Darty ? Si l’inventeur du "contrat de confiance" est redevenu rentable depuis 2015, son pouvoir d’attraction peut néanmoins sembler limité. Sauf que Darty dispose de ce que ni la Fnac ni Conforama ne peuvent mettre en avant : une politique de prix bas, un service après-vente reconnu et une spécialisation dans ce qu’on appelle l’électroménager blanc (cuisine, froid, cuisson).

Or, c’est précisément ce qui intéresse la Fnac et Conforama. L’agitateur culturel propose en effet de moins en moins de livres, CD et DVD et mise sur l’électroménager. Darty lui permettrait donc de poursuivre dans cette voie et de compléter son offre qui est plutôt axée sur les appareils multimédias, avec des tarifs plus élevés. Même constat pour Conforama qui est, lui, spécialisé dans l’univers de la maison mais commercialise surtout de l’ameublement : proposer des machines à laver ou des appareils de cuisine lui permettrait d’avoir une offre complète.

En outre, racheter Darty permettrait à chacun de se renforcer dans d’autres domaines. D’abord en termes de présence géographique, avec les 222 magasins que Darty compte en France. Ensuite en termes de négociation avec les fournisseurs, le futur ensemble – plus gros - pouvant instaurer un rapport de force pour obtenir de meilleurs prix. Sans oublier les nombreuses synergies attendues par le repreneur, notamment dans la logistique, la gestion des fichiers clients, le SAV, etc.