Dans quel état Chavez laisse-t-il le pays ?

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Dans quel état Chavez laisse-t-il le pays ?
Le vice-président vénézuélien, Nicolas Maduro, a annoncé mardi soir la mort d'Hugo Chavez, au pouvoir depuis 15 ans.@ MAX PPP
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Entre réduction des inégalités et hécatombe des entreprises, son bilan est contrasté.

"Le prochain gouvernement Chavez sera meilleur que le précédent gouvernement Chavez", assurait le président vénézuélien, lors de la campagne électorale de 2012, peu avant sa réélection. Il n'aura finalement pas le temps de le prouver. Hugo Chavez est mort mardi soir, à l'âge de 58 ans, après 15 ans au pouvoir. Un pouvoir exercé sous les couleurs du socialisme, de bout en bout, entre priorité donnée au social et intervention de l’État.

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LES PLUS

Dame qui pleure Hugo Chavez

© reuters

Il a amélioré les conditions de vie. Entre 1999 et 2011, le taux d'analphabétisme a chuté de 9,1% à 4,9%, selon l'ONU, la mortalité infantile des moins de cinq ans a chuté de 26 enfants sur 1.000 à 15 et l'espérance de vie a progressé de deux ans, toujours, selon la Banque mondiale. "Hugo Chavez a crée un système de protection sociale, il a rendu gratuit l'accès à la santé et à l'éducation, il a instauré un salaire minimum et généralisé les retraites pour le secteur informel: ce sont de vraies grandes avancées pour la population vénézuélienne, notamment pour les plus défavorisés", explique ainsi Jessica Brandler-Weinreb, doctorante à l'Institut des Hautes Études de l'Amérique latine, citée par L'Expansion.

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Il a réduit la pauvreté. Près de la moitié de la population vivait sous le seuil en 1999, il y en avait moins d'un quart en 2011. Par ailleurs, l'écart de revenus entre les plus riches et les plus pauvres s'est sensiblement amaigri. L'indice Gini, qui mesure ce facteur, est ainsi passé de 0,46 à 0,39 en dix ans, 0 signifiant l'égalité parfaite.  À titre de comparaison, la Suède est à 0,2, la Chine à 0,6 et la France se situe autour de 2,9.
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© Reuters

Il a boosté la croissance. D'un point de vue économique, le bilan d'Hugo Chavez n'est pas non plus tout noir. Ainsi, la croissance a atteint 5,7% cette année après 4,2% en 2011. Le PIB vénézuélien, qui se situait en 1990 à 91 milliards de dollars, atteignait 328 milliards en 2012, soit une multiplication par 3,6.

Et le chômage? Son bilan en matière d'emploi est plus contrasté. Le taux de chômage officiel s'établit à 6,5% de la population active en 2012. Mais il grimpe à 8% selon le FMI. Toutefois, le fonds monétaire note que le taux est en baisse constante depuis 2003, ou il avait culminé à 18%.

LES MOINS

Il a rendu l'économie dépendante. Le problème au Venezuela, c'est que toute l'économie et ses emplois sont dépendants du pétrole, dont l'entreprise publique PDVSA, créée en 1976, a le monopole. Ainsi, 90% des exportations du pays viennent de l'or noir. Et les 100 milliards de dollars annuels de revenus que l'État en tire grâce à la fiscalité financent la moitié des dépenses publiques et l'intégralité des programmes sociaux.  Or, cela ne durera pas ad vitam aeternam. Car les ressources s'épuiseront un jour. Et le Venezuela est loin d'être le pays le plus compétitif.

Chavez bandeau

© Reuters

Faible sécurité des installations, qualité moyenne de son pétrole ou encore basse productivité… Les critiques ne manquent pas sur PDVSA. Résultat : si le Venezuela possède les réserves les plus importantes du monde, il ne produit que 3% du pétrole de la planète. Et la tendance n'est pas à l'amélioration : la production est tombée en dix ans de 3,1 millions de barils par jour à 2,4 millions. Une production qui ne suffit plus. Excédentaire en 1995, le déficit public atteint aujourd'hui 7,4% du PIB.

... Et entraîné une hécatombe d'entreprises. Le hic, c'est que ces fortes exportations de brut fragilisent tout le reste de l'économie. Car une forte exportation d'or noir engendre une hausse des taux de change et une baisse de compétitivité des entreprises. "Pas moins de 170.000 entreprises ont fermé depuis l'arrivée au pouvoir d'Hugo Chavez", époque où le baril était quinze fois moins cher, explique ainsi aux Echos Hector Ciavaldini, ancien président de PDVSA.  L'industrie compte deux fois moins d'entreprises qu'il y a quinze ans. Une hécatombe à laquelle il faut ajouter la nationalisation de 1.600 compagnies, souvent ensuite laissées dans l'oubli. Selon Les Echos par exemple, quelques 30 millions d'hectares de terres fertiles sont laissées à l'abandon, ce qui oblige le pays à importer 80% de sa consommation alimentaire.
Rue vénézuela

© Reuters

Il a laissé courir l'inflation. En plus de fragiliser les entreprises locales, la hausse des importations se fait ressentir sur le pouvoir d'achat. Ainsi, l'inflation tourne en rythme annuel autour des 30%, malgré une fixation des prix de première nécessité par l'Etat. "Au Venezuela, l'eau potable est plus chère que l'essence", confie Jessica Brandler-Weinreb à L'Expansion.

Il laisse un pays pas (vraiment) modernisé…Beaucoup de critiques se sont fait entendre sur ses promesses non tenues en matière d'investissements. Le gouvernement a par exemple lancé, en 2010, un plan de création de trois millions d'habitations. Or, selon les chiffres officiels, seules 243 943 unités auraient été livrées depuis fin 2010. Et selon l'ONG Provea, seuls 44 954 logements ont réellement été livrés clés en main. "Par planification incohérente ou suite aux bisbilles entre divers départements ministériels on ne compte plus les chantiers arrêtés ou bâclés. Le régime se vante ainsi d'avoir construit 13 hôpitaux depuis l'arrivée au pouvoir d'Hugo Chavez en 1998, mais personne n'a jamais réussi à se procurer l'adresse de plus de deux d'entre eux", tacle le journal Les Echos.

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© REUTERS

… au profit d'un enrichissement personnel ? "PDVSA, le monopole public de pétrole, sert de tirelire au régime et même, personnellement à Hugo Chavez", tacle le site du journal Les Echos, mercredi. En cause notamment : le Fonden, pour Fonds de développement national. Ce fonds est alimenté en fonction de l'évolution du cours du pétrole. Il a reçu pas moins de 105 milliards depuis 2005. Et il dépend uniquement du président. Officiellement destiné à financer divers chantiers, une opacité totale entoure son utilisation. "C'est un instrument idéal de clientélisme et patronage politique", raille Paula Vazquez, auteur d'un livre sur le régime : Le militarisme compassionnel. Selon Les Echos, s'il sert bien à verser des allocations aux plus pauvres, à rénover des bâtiments ou à financer des usines… il finance également certains amis de Chavez, locaux ou étrangers, comme le régime de Cuba. De plus, selon l'opposition vénézuélienne, chaque chantier financé est trié sur le volet, dans les quartiers qui "votent bien".