Cuve de l'EPR de Flamanville : l'"anomalie" de trop ?

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Cuve de l'EPR de Flamanville : l'"anomalie" de trop ?
@ CHARLY TRIBALLEAU / AFP
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NUCLÉAIRE - La cuve n'est pas aussi résistante que prévue, ce qui va obliger Areva à effectuer de nouveaux tests. 

Areva doit revoir sa copie. L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a épinglé mercredi son chantier EPR de Flamanville dans son rapport 2014. La cuve comprendrait "une anomalie sérieuse, voire très sérieuse, sur un composant essentiel", a déclaré Pierre-Franck Chevet, président de l'ASN. Une très mauvaise nouvelle pour le chantier de Flamanville qui a déjà pris cinq ans de retard et pour Areva qui a déclaré 4,83 milliards d'euros de perte nette pour 2014.

40% des exigences remplies. La cuve ne présente pas toutes les garanties de sécurité requise en ne couvrant que 40% des exigences requises pour ce type de pièce. Areva doit désormais faire des tests supplémentaires d'ici l'automne afin de prouver l'efficience de cette pièce. L'ASN se prononcera une nouvelle fois dans quelques mois pour livrer son verdict final, à savoir si la cuve actuelle peut être conservée ou si il faut la changer. 

Installée depuis janvier 2014. La cuve, installée en janvier 2014 après plusieurs années de construction, aurait plus précisément un défaut de composition au niveau de son couvercle et de son fond. Le métal dans lequel elle a été construite (un mélange d'acier, de manganèse et de nickel) n'est en effet pas aussi résistant qu'attendu. Or, cette pièce fondamentale de l'EPR, censée recevoir le combustible nucléaire et isoler la radioactivité, doit être capable de supporter de brusques variations de températures. Le risque est qu'une fissure apparaisse et provoque une fuite. 

Un chantier interrompu ? La cuve étant au centre du réacteur, son remplacement gênerait beaucoup l'avancée du chantier. Pourtant, si l'ASN rend un verdict négatif, "je ne vois pas d'autres solutions que la changer", avance Pierre-Franck Chevet, le directeur de l'ASN.

Que faire alors d'ici là ? "Tout dépend des choix industriels effectués par les opérateurs", explique le patron de l'ASN au Figaro, "Si Areva et EDF décident de continuer à travailler sur des pièces ou des process en lien direct avec la cuve, ils prennent le risque de devoir tout défaire", a-t-il ajouté. Actuellement, la cuve est déjà positionnée au centre du bâtiment et a été raccordée à une partie de la tuyauterie.

Il reste évidemment la possibilité de travailler sur les autres parties du chantier. Mais dans tous les cas, comme le temps c'est de l'argent, Areva risque encore de grever le budget de ce chantier pharaonique qui a lui a déjà coûté 9 milliards d'euros, soit trois fois plus que ce prévu initialement.

Les cuves des EPR chinois sur le même modèle. Si la nouvelle est désastreuse pour l'avancée du chantier, elle l'est aussi pour les deux réacteurs EPR Taishan 1 et 2 vendus par Areva à la Chine et en cours de construction. Leur cuve a en effet construite sur le même procédé que celle de Flamanville. Pour le moment, les autorités chinoises ont déclaré que la qualité des constructions de leurs EPR étaient "sous contrôle", rapporte Le Figaro.

Les conclusions de l'ASN se révèlent enfin particulièrement néfastes pour l'image du géant nucléaire à l'étranger qui peine déjà à vendre ce réacteur de 3e génération. Son accord initial signé avec l'Inde le 10 avril dernier pour la vente de deux EPR pourrait, lui, prendre du plomb dans l'aile. 

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