Croissance : l'Europe doit-elle écouter la France ?

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Croissance : l'Europe doit-elle écouter la France ?
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LE POINT DE VUE DE - L’économie de la zone euro n’arrive pas à sortir de la crise. Paris réclame un changement de stratégie.  

La croissance française est au plus bas, en Allemagne, elle est même négative, marquée par une baisse des exportations. Et au niveau européen, le résultat n’est pas meilleur : la croissance est aussi au point mort. Michel Sapin a expliqué jeudi sur Europe 1 qu’il "y a un problème français et un problème européen" et que la France ne tiendra finalement pas les délais de réduction des déficits. Elle fait donc appel à plus de clémence de la part de Bruxelles et réclame plus de souplesse dans la politique monétaire de la BCE afin de favoriser la croissance. Une position critiquée par l'opposition qui estime que le gouvernement cherche à se décharger de sa responsabilité, mais que défend Eric Heyer, directeur adjoint au département analyse et prévision de l’OFCE.



Sapin : "La réalité est beaucoup moins bonne...par Europe1fr

La BCE a une mission trop restrictive. Actuellement, le dogme de la rigueur défendu par la BCE est mis à mal par un paradoxe : comment réclamer aux Etats de respecter des objectifs de déficits, et dans le même temps ne pas respecter son seul objectif qui est de maintenir la croissance autour de 2% dans la zone euro, s'interroge Eric Heyer. En période de croissance atone, la banque centrale pourrait sortir de sa rigueur et mener une politique de change ou "agir sur les dettes publiques afin de favoriser la croissance". L'économiste souhaite que la BCE fasse tourner la planche à billets pour redonner à la zone euro un peu de compétitivité et de croissance.

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Une politique monétaire trop frileuse. "La BCE est la seule banque centrale à n’avoir qu’une mission : le maintient de l'inflation", explique Eric Heyer. Aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et au Japon, les banques centrales ont d’autres cordes à leur arc, comme des objectifs de croissance et la maîtrise de la situation financière. En d’autres termes, elles injectent des liquidités dans l’économie ou jouent sur le taux de change, afin d'être un acteur moteur de l'économie.

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Bandeau Drapeau Union européenne

© REUTERS/Jon Nazca

Moins de rigueur pour relancer la croissance. "Il faut utiliser des nouveaux outils. On manque d’originalité. On ressort toujours les mêmes rengaines. Le monde d’aujourd’hui n’est pas celui de la fin des années 90", analyse l’économiste. En effet, la politique de la BCE a été définie en 1998. Seize ans et une crise économique mondiale plus tard, un changement de stratégie est peut-être nécessaire. Et c’est cette idée que défend Paris en demandant à l’Allemagne d’être plus active dans l’économie européenne (en investissant) et à Bruxelles en accordant des délais supplémentaires pour la réduction des déficits, afin de soutenir la timide croissance.

Une idée qui fait son chemin en Allemagne... Le principal acteur de la rigueur budgétaire européenne est l'Allemagne. Pourtant, bien que le pays soit très vertueux (peu de déficit, le plein emploi, etc.), la croissance n'est pas au rendez-vous. Au deuxième trimestre, elle le PIB recule même de 0,2%. Alors, des voix outre-Rhin demandent un "assouplissement de la politique budgétaire, sous certaines conditions", explique Eric Heyer.

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Et à Francfort. La BCE se montre également plus ouverte à un changement de stratégie. "Depuis que Draghi est arrivé à la BCE, on voit un certain assouplissement. Il a clairement laissé entendre qu’il était prêt à faire des politiques non conventionnelles pour sauver la zone euro", analyse l’économiste. Preuve à l’appui la BCE a mis en place les OMT (opérations monétaires sur titres). Ceux-ci lui permettent d’acheter directement des obligations d’Etat, sous certaines conditions. Une révolution pour la rigoureuse banque centrale qui avait une interdiction formelle de financer directement un Etat. Toutefois, elle n’a jamais eu besoin d’utiliser cette arme, car elle se traduirait par une mise sous tutelle du pays qui aurait fait appel à elle. Ce qu’aucun pays de la zone euro n’est prêt à faire.

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