Croissance : Insee, OCDE... qui dit vrai ?

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Croissance : Insee, OCDE... qui dit vrai ?
La Banque de France prévoit que le produit intérieur brut (PIB) progressera de 0,1% au troisième trimestre 2013, dans une première estimation pour cette période publiée mercredi.@ Maxppp
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La Banque de France a publié ses prévisions de croissance mercredi. Mais de la BdF à l'Insee en passant par l'OCDE, les prévisions varient. Qui croire ?

L'INFO. Qui croire ? D'un côté, la Banque de France (BdF) semble annoncer de bonnes nouvelles à venir pour l'économie française, dans sa première estimation pour le troisième trimestre (T3) publiée mercredi. L'institution prévoit en effet un rebond du Produit intérieur brut (PIB) de 0,1% au troisième trimestre 2013. De l'autre côté, l'Insee pronostique un embourbement de l'activité, avec une évolution du PIB à 0% pour le même troisième trimestre, et un recul de 0,1% sur l'ensemble de l'année. À l'inverse, l'OCDE prévoit, lui, une croissance de 0,2%.

>>> Comment départager les prévisionnistes ? Europe1.fr s'est intéressé à la méthode de travail des trois instituts… et à leurs prévisions de 2012, pour savoir qui s'est le plus approché de la vérité.

Nota bene. Pour effectuer la comparaison, nous avons retenu les premières estimations de la Banque de France pour chaque trimestre, et ce que prévoyaient les autres instituts au moment de la publication de ces premières prévisions de la BdF. En clair, nous nous sommes basés sur les pronostics des trois instituts au 10 février pour le premier semestre, au 11 mai pour le deuxième, au 10 août pour le troisième et au neuf novembre pour le quatrième.

• LA BANQUE DE FRANCE : TOUT FAUX

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© Capture Banque de France

Les prévisions. L'an dernier, l'institution avait pronostiqué une stagnation au premier semestre (T1), puis une autre au deuxième (T2), avant de prévoir une baisse de -0,1% aux deux autres (T3 et T4).

La réalité. La Banque de France n'a pas tapé dans le mille une seule fois. Au premier trimestre, le PIB n'a pas stagné mais reculé de 0,1% (pour voir le tableau de conjoncture officiel pour le T1, c'est ici), puis a il baissé de nouveau au deuxième, de 0,2%, avant de rebondir à 0,1% au troisième et de rechuter à nouveau, de 0,2%, au quatrième (pour T2, T3 et T4, c'est par ici).

Comment elle travaille. La BdF effectue des enquêtes de conjoncture mensuelles à partir des opinions de près de 6.000 chefs d'entreprises de toute la France récoltées "sur le terrain". Une vingtaine de personnes, ensuite, déchiffrent les données et construisent "un indicateur de climat des affaires", expliquait à Europe1.fr, en novembre dernier, Jacques Fournier, directeur général des statistiques à la Banque de France. "A partir de là, sont établies les prévisions de croissance du PIB pour le trimestre".

Parfois taxée d'accointance avec le pouvoir, l'institution a à cœur de clamer son indépendance. Jacques Fournier en tient pour preuve les prévisions 2011. "Quand on a sorti la prévision de +0,8% pour le premier trimestre, tout le monde nous a dit que ce n'était pas possible, avant de finalement nous suivre", confie Jacques Fournier. Considérée comme optimiste et, donc, favorable au gouvernement de l'époque, cette estimation s'est finalement révélée la plus proche de la réalité.

• L'INSEE : 50% DE JUSTE

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© Capture Insee

Les prévisions. L'Institut national des statistiques tablait l'an dernier sur une baisse du PIB de 0,1% au T1, avant de pronostiquer un rebond de 0,2% au T2, de 0,1% au T3 et une stagnation au T4.

La réalité. Pour le T1 , l'Insee avait visé juste. En revanche, au T2, le PIB n'a pas augmenté de 0,2% mais baissé de 0,2% ! Au troisième, l'Insee avait une nouvelle fois visé juste. Avant de se tromper à nouveau au dernier : le PIB n'y a pas stagné mais baissé de 0,2%.

Comment il travaille. 40 personnes sont exclusivement dédiées à la conjoncture. Pour établir ses prévisions, l'Insee s'appuie sur ses propres enquêtes réalisées aux quatre coins de la France... et dont beaucoup d'experts se servent pour établir leur note. "On est parmi les rares, je crois, à avoir une approche aussi complète", soulignait l'an dernier Cédric Audenis, responsable du département de la conjoncture, auprès d'Europe1.fr. "Tous les mois, on demande à un échantillon d'entreprises comment s'est portée leur santé économique dans un passé proche et comment ils sentent l'avenir proche. On utilise ensuite des méthodes statistiques pour extrapoler" ces résultats, poursuit-il. Ils seront 'moulinés' avec les chiffres mensuels provenant des douanes pour l'import-export, ceux sur l'emploi, sur la consommation des ménages, etc.

Dernière phase : l'entrée en jeu des prévisionnistes pour réconcilier ces chiffres", résume Cédric Audenis. L'Insee commence chaque nouvelle note par un paragraphe expliquant ses erreurs - ou réussites - sur la prévision précédente. "On est transparent jusqu'au bout", assure l'économiste en chef.

• L'OCDE : HORS SUJET

logo OCDE

© Capture OCDE

Les prévisions. Excepté pour le premier trimestre, où l'OCDE avait pressenti une baisse du PIB de 0,5%, l'organisme avait prévu une croissance de +0,9%, +1,2% et +0,2% aux trimestres suivants.

La réalité.  Pour le T1, l'OCDE avait bien anticipé le recul de l'activité, mais il a été beaucoup plus pessimiste que la réalité, puisque le PIB n'a reculé "que" de 0,1%. À l'inverse, l'organisme a été bien optimiste en prévoyant une hausse de 0,9% au T2, où le PIB a en réalité chuté de 0,2. Au troisième, l'OCDE a encore une fois fait montre d'optimisme, en prévoyant une croissance de 1,2% alors qu'elle n'a été que de 0,1%. Tout comme au T4, où il n'y a pas eu de croissance de 0,2%, mais une baisse de 0,2%.

Comment elle travaille. Une centaine d'économistes travaillent au Département Économique de l'Organisation de coopération et de développement économiques, même si tous ne sont pas affectés aux prévisions de croissance. Dans une année, ils ne se penchent que deux fois, "au printemps et à l'automne", sur les prévisions. "Entre ces deux périodes, une petite équipe effectue les mises à jour en fonction des nouvelles données", précise l'économiste. A l'OCDE, on "n'a pas l'habitude de prendre en compte les aspects trop politiques" pour bâtir les prévisions.

L'organisation se fie plus volontiers aux politiques officielles annoncées par les banques centrales et les gouvernements. Après, les économistes maison mettent leur grain de sel. "Il y a bien sûr une part de jugement personnel. Ce n'est pas une histoire de confiance mais si on a un doute sur la capacité de réussite d'une mesure, on l'inclut dans notre scénario 'à risque'", détaillait il y a quelques mois Paul Van den Noord, interrogé par Europe1.fr.