Croissance au ralenti : les autres aussi

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Croissance au ralenti : les autres aussi
La zone euro s'est enfoncée dans la récession au quatrième trimestre 2012, avec un Produit intérieur brut se repliant de 0,6%, a indiqué jeudi l'office européen des statistiques, Eurostat.@ Reuters
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La zone euro s'englue, l'Allemagne souffre... Le glas de la rigueur sonne-t-il ?

Une morosité européenne. Quand la France ET l'Allemagne toussent, la zone euro entière s'enrhume. Son PIB global a en effet reculé de 0,6% au quatrième trimestre 2012, après une baisse de 0,1% sur juillet-septembre, selon l'office européen des statistiques, Eurostat. Ces chiffres, publiés jeudi, sont plus sombres qu'attendus, puisque les analystes tablaient à l'origine sur une baisse de 0,4%. L'année 2012 devient ainsi la première durant laquelle la zone euro n'a enregistré aucun trimestre de croissance selon les statistiques d'Eurostat, qui remontent à 1995. Des chiffres qui ont fait revoir à la baisse les prévisions pour l'avenir… et qui pourrait contraindre Bruxelles à desserrer la vis de l'austérité. On vous explique tout.

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© REUTERS

Croissance nulle en France. Le quatrième trimestre 2012 s'est soldé par une croissance négative (-0,3%), achevant une année à croissance nulle, pour la deuxième économie de la zone.

>> Pour le détail : croissance nulle pour la France en 2012

Même l'Allemagne recule… La plus grosse déception des chiffres publiés jeudi vient de l'Allemagne. La première économie de la zone euro a vu son PIB reculer de 0,6% au quatrième trimestre 2012, soit la plus forte baisse de son activité depuis 2009. Sa croissance annuelle a par ailleurs été confirmée à 0,7%, marquant ainsi un net ralentissement par rapport aux croissances de 3 % et de 4,2 % des années précédentes. L'économie allemande a été pénalisée par sa contreperformance à l'export, le moteur traditionnel de sa croissance. Elle commence ainsi à payer la baisse d'activité des autres pays de la zone euro, son principal marché. "Au cours des trois derniers mois de 2012, les exportations de biens ont diminué significativement plus que les importations", relève ainsi l'Office allemand de la statistique.

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© REUTERS

… Mais gardent de bonnes perspectives. Si l'Allemagne tousse, elle n'a pas encore non plus attrapé la grippe. "Il y a de très bonnes chances que l'économie allemande renoue avec la croissance au début de 2013. Les premiers indicateurs sont tous orientés à la hausse", souligne en effet Andreas Ree, économiste chargé de l'Allemagne chez Unicredit. Pour l'année 2013, le gouvernement allemand table sur un nouveau ralentissement de la croissance, avec une progression du PIB attendue à 0,4 %, avant un rebond de 1,6 % en 2014.

Les pays du Sud souffrent. Dans le reste de la zone euro, la situation n'est guère reluisante… quand elle n'est pas catastrophique. Au nord, les Pays-Bas sont entrés en récession au quatrième trimestre, avec un PIB en baisse de 0,2%. Mais c'est le sud qui souffre le plus : l'économie italienne s'est contractée plus que prévu (-0,9%), l'activité au Portugal a dévissé de 1,8%, l'Espagne ne va toujours pas mieux (-0,7%) tandis qu'en Grèce - le pays le plus violemment touché par la crise -  le PIB a chuté de 6%.
Monti, campagne, législatives, Italie

© Max Rossi / Reuters

Et en 2013 ? Pour des prévisionnistes de la BCE, les chiffres publiés jeudi laissent penser que la croissance dans l'ensemble de la zone euro sera nulle en 2013 et plus mauvaise qu'attendue en 2014, avec une hausse du PIB de 1,1% contre 1,3% attendu jusqu'ici.  "La situation peut vite déraper", met toutefois en garde Peter Vanden Houte, analyste chez ING, citant la situation politique en Espagne et en Italie, où des élections sont prévues en février, ainsi que la difficile mise en place d'un sauvetage pour Chypre. "D'où l'importance de ne pas avoir une devise trop forte", précise l'économiste.

>> À lire : l'euro est-il (vraiment) trop fort

Du lest sur l'austérité. La dégradation de l'activité dans les pays de la zone euro rend quasiment impossible le respect des engagements budgétaires. Deuxième économie de la zone, la France a ainsi reconnu mercredi qu'elle n'atteindrait "pas exactement" cette année l'objectif d'un déficit public de 3% du PIB. Un dépassement qui peut théoriquement être sanctionné par Bruxelles, mais la Commission européenne a montré des signes de souplesse. Dans une lettre adressée aux ministres des Finances de l'UE, le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, a en effet rappelé qu'un délai pouvait être accordé à un pays pour corriger son déficit excessif en cas de détérioration imprévue de la croissance. "A condition qu'il ait fourni comme convenu les efforts budgétaires demandés", a-t-il cependant ajouté. L'exécutif européen prendra sa décision le 22 février sur ce sujet. Mais pas sûr que l'Allemagne, qui garde malgré tout de bonne perspective, n'accepte si facilement de desserrer la vis.