Crise : Hollande est-il trop optimiste ?

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Crise : Hollande est-il trop optimiste ?
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Le président français a estimé que la zone euro était "tout près" de sortir de la zone de turbulence.

La déclaration. "Sur la sortie de la crise de la zone euro, nous en sommes près, tout près", a assuré mercredi le président de la République dans un entretien à plusieurs journaux européens, dont Le Monde.

Le contexte. François Hollande a donné le ton de la position française à la veille d’un nouveau sommet européen, qui se tient jeudi et vendredi à Bruxelles. Budget de la zone euro, union bancaire, mutualisation de la dette: les Européens vont confronter leurs points de vue sur les moyens de renforcer l'Union monétaire. En jugeant que la situation s’améliore, François Hollande formule déjà un argument pour justifier un relâchement de la cure d’austérité que s’inflige toute l’Europe. Mais a-t-il pour autant raison de considérer que la sortie de crise est pour bientôt ?

CE QUI JUSTIFIE SA SORTIE

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La zone euro avance. Si François Hollande est si optimiste, c’est avant tout parce que l’Union européenne a envoyé un signal fort en accélération l’adoption du nouveau traité européen. Et les pays en crise n’ont pas attendu sa ratification pour mener de nombreuses réformes qui se sont traduites par une sévère cure d’austérité.
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Les taux d’intérêts se sont stabilisés. D'abord, les taux auxquels les pays européens empruntent ont cessé de faire le yoyo. Outre cette stabilisation, leur montant a baissé au cours des derniers mois : la France, les Pays-Bas et même l’Italie ou l’Espagne empruntent à des taux plus intéressants que cet été. Le Fonds européen de stabilité financière (FESF), qui a émis des obligations mardi, a également réussi à le faire à des taux plus avantageux qu’en juillet dernier. Pour les obligations à très court terme, il a même réussi à emprunter à des taux négatifs.

 

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Le FMI a changé de ton. Après avoir conseillé à moultes reprises aux Européens de se serrer la ceinture, le FMI opère un virage sémantique. Sa directrice générale, Christine Lagarde, a jugé opportun mardi que les pays de la zone euro à l'abri des attaques des marchés puissent adopter un tempo "plus souple" de réduction des déficits. Une manière d’indiquer que l’austérité est moins urgente qu’annoncée dans des pays comme l’Allemagne, la France ou encore les Pays-Bas.
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CE QUI LA CONTREDIT

Première source de préoccupation, le patient grec. Ce dernier a entrepris de profondes réformes mais il reste englué dans le marasme économique et ne cesse de demander un délai supplémentaires de deux ans pour effectuer une nouvelle série d’économies. En l’espaçant dans le temps, Athènes espère ainsi ne pas asphyxier un peu plus la croissance du pays.
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La situation en Espagne n’est pas plus rassurante puisqu’une source diplomatique française a confié jeudi que ce pays allait très probablement faire appel au nouveau dispositif d’aide mis en place par les Européens. Ce mécanisme de sauvetage pourrait être enclenché après le sommet européen, une fois que les Espagnols auront obtenu des précisions sur les conséquences d’une telle aide.

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Des perspectives de croissance pire que prévu. Dernier élément qui peut contrarier François Hollande : les perspectives de croissance des principales puissances économiques européennes.  Le gouvernement allemand a révisé mercredi à la baisse sa prévision de croissance pour 2013, passant de 1,6% à 1%. Pour la France, le FMI a aussi revu ses prévisions à la baisse : alors qu’il tablait en juillet sur 0,6% de croissance en 2013, son pronostic est désormais de 0,3%.

De nouvelles tensions franco-allemandes. Dans son entretien, François Hollande ne parle pas que de sortie de crise, il défend également la création d’eurobond, ce qui conduirait à une mutualisation partielle de la dette. Or l’Allemagne est absolument contre un tel scénario et Angela Merkel ne manquera pas de le faire savoir puisqu’elle entre en campagne électorale. Problème : quand l’Allemagne et la France ne sont pas d’accord, la zone euro patine et les marchés se remettent à douter de sa gouvernance, ce qui pourrait renforcer la crise financière.