Conflit agriculteurs-Lactalis : "Eux, ils s'en mettent plein les poches et nous on meurt"

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La colère gronde chez les producteurs laitiers qui font le siège du géant Lactalis depuis lundi soir. Étrangles par les prix, ils sont à bout et comptent poursuivre leur action.

C'est une situation d'urgence à laquelle sont en train de faire face les producteurs laitiers. Pour réclamer de meilleurs prix d'achat, ils ont décidé de passer à l'action. Depuis hier soir, environ 300 d'entre eux bloquent l'accès au siège du premier groupe laitier mondial, le géant Lactalis à Laval, en Mayenne. Ils ont passé la nuit sur place et ont bien l'intention de poursuivre leur mouvement. Notre reporter était auprès d'eux et a pu constaté leur désarroi.

"Envie de tout casser". Beaucoup sont dans le rouge vif, étranglés par des prix d'achat aux plus bas - 256 euros les mille litres chez Lactalis - mais personne ne cède à la violence au grand dam de Thierry, 50 ans, au bord du gouffre. "Je ne comprends pas qu'il n'y ait pas plus de dégâts, parce que si on reste comme ça, on va tous mourir les uns avec les autres. J'ai envie de tout casser, je suis prêt à ça. En deux ans, j'ai perdu 90.000 euros, il y en a ras-le-bol. c'est très grave", fulmine-t-il.

Entendu sur Europe 1
 

"On est dans le cimetière". La Mayenne a perdu 10% de ses producteurs laitiers en un an. Florence est aujourd'hui en mode survie. "Tous les jours, on va voir nos comptes et tous les jours, c'est dans le rouge. Il y a des fois, on se lève le matin, on pleure. Les quotas sont partis, nous on est dans le cimetière", s'indigne la jeune femme qui en veut "aux industriels, surtout. Eux, ils s'en mettent plein les poches et nous on meurt. 17 milliards de chiffre d'affaires... nous, on perd 40.000 euros par an", insiste-t-elle en faisant le même constat "inadmissible" que son collègue.

"Avant de se lever, on a perdu 300 euros". Cindy, une autre éleveuse installée depuis seulement cinq ans cumule déjà 60.000 euros de dettes. "Cela fait peur", dit la jeune agricultrice qui sait "qu'avant de poser le pied par terre le matin, on a déjà perdu 300 euros". Morose, elle tire le bilan de la crise actuelle : "des jeunes arrêtent, certains se suicident. Si la situation n'évolue pas d'ici décembre 2016, ça va faire très très mal", prophétise-t-elle. "Des gens vont arrêter et vont y laisse beaucoup de billes et il y aura des familles meurtries." Leur mouvement va donc continuer. Pas question pour eux de lever le blocus sans obtenir "des prix rémunérateurs".