Comment Air France veut convaincre ses employés de travailler plus

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Comment Air France veut convaincre ses employés de travailler plus
@ ERIC PIERMONT / AFP
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SOCIAL - Air France a revu à la hausse les contre-parties si ses troupes acceptent de signer un plan de productivité. Les menaces de licenciements secs sont écartés et la direction promet d'acheter de nouveaux avions.

L'objectif est toujours de faire travailler ses employés davantage, mais la méthode a changé : exit le plan de productivité, voici le "plan de croissance". Le groupe Air France a présenté vendredi un nouveau plan lors d'un comité central d'entreprise (CCE) extraordinaire, avec l'espoir que cette nouvelle feuille de route soit mieux accueillie par ses troupes que son précédent plan. Mais si ces derniers la refusent, la direction se réserve toujours le droit de réduire la voilure. 

Un changement de ton et de DRH. Après l'épisode de la chemise du directeur des relations humaines arrachée, Air France a décidé de relancer son dialogue social sur de nouvelles bases. D'abord en changeant de DRH, avec la nomination de Gilles Gateau, ancien conseiller social de Manuel Valls, qui a visiblement fluidifié les négociations. Ensuite en annonçant vendredi l'abandon de son plan B, synonyme de réduction d'effectifs et d'avions et qui devait être lancé si ses employés refusaient de travailler plus. Pour convaincre ses troupes, Air France ne brandit plus une menace mais met en avant un "plan de croissance". Ce changement de ton est justifié par le fait qu'Air France s'est mieux porté en 2015, mais aussi parce que les précédentes négociations étaient dans l'impasse.

Que prévoit la nouvelle feuille de route proposée par la direction ? Grâce à ce changement de stratégie, la direction espère mener un "dialogue social renouvelé". Et pour convaincre ses employés, elle a mis sur la table de nouvelles propositions, ainsi qu'une petite douceur : le retour des primes d'intéressement et de participation dès cette année au titre de 2015.

Sur le plan des effectifs, la menace de licenciements secs est remplacée par un plan de départs volontaires. Le nouveau directeur des ressources humaines, Gilles Gateau, a garanti l'absence de départs contraints pour le personnel au sol d'ici le 30 juin 2018, selon plusieurs sources syndicales. A la place, un plan de départs volontaires, dont l'ampleur n'a pas été précisée, pourrait être mis en route et des embauches de pilotes pourrait même être réalisées.

La direction a aussi changé la donne en ce qui concerne l'outil de travail. Alors qu'Air France brandissait jusqu'à présent de fermer certaines lignes et d'annuler des commandes de nouveaux avions, la compagnie promet au contraire de renforcer ses moyens : la direction a précisé que sa flotte long-courrier pourrait passer de 104 en 2017 à 109 avions en 2020. La flotte de la filiale low cost Transavia France devrait, elle, atteindre 40 avions en 2020 contre 26 cette année.

Enfin, la direction est bien moins catégorique sur les contre-parties qu'elle demande à ses employés, et notamment à ses pilotes : alors qu'elle exigeait de ces derniers un gain de productivité de 17% d'ici 2017, les efforts demandés seraient plus progressifs et davantage étalés dans le temps. Le seul chiffre dorénavant avancé concerne les ambitions de croissance sur le long courrier, l'activité de la compagnie qui rapporte le plus d'argent : de 2 à 3% par an jusqu'en 2020.

Suffisant pour faire bouger les lignes ? En abattant ces nouvelles cartes, la direction de la compagnie aérienne espère relancer les négociations. Reste à savoir si les employés et les syndicats ont été convaincus. Le bilan est mitigé. Car si les organisations syndicales se félicitent de ce dialogue renoué, elles estiment que la direction n'en a pas fait assez. Et leurs réactions sont très diverses. Du côté de la CFDT, on veut voir le verre à moitié plein. Secrétaire générale CFDT chez Air France, Beatrice Lestic s'est félicitée de l'abandon du plan B tout en demandant un délai supplémentaire pour transformer la compagnie. 





Du côté Force Ouvrière, on est en revanche plus sceptiques. FO a ainsi ironisé sur Twitter sur ce changement de ton, avant d'insister sur les efforts demandés aux salariés, qui sont pour l’instant non chiffrés.





Plus catégorique, la CGT a de son côté regretté que cette nouvelle feuille de route privilégie une nouvelle fois les pilotes au détriment du personnel au sol : 



En revanche, les syndicats de pilotes ne se sont pas encore exprimés.