Carrefour : une grève "sans précédent"

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Carrefour : une grève "sans précédent"
@ Carole Ferry/MAXPPP
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Les salariés se sont mobilisés pour la hausse des salaires samedi. Aucun magasin n'était fermé.

Magasins tout ou en partie bloqués, caisses fermées, réception des marchandises à l'arrêt : les salariés de Carrefour ont participé à une journée "sans précédent" samedi. Ils sont nombreux à avoir répondu à l'appel à la grève des syndicats FO, CFDT et CGT dans tous les magasins du groupe. Objectif : exiger de la direction qu'elle revoit à la hausse ses propositions salariales pour 2011 afin de maintenir le pouvoir d'achat des 65.000 salariés.

Une trentaine de magasins bloqués

D'après la direction du groupe, le mouvement n'a toutefois pas entraîné la fermeture des magasins. Néanmoins, sans être formellement fermés, un certain nombre de magasins ont vu leur fonctionnement fortement, voire complètement, entravé par les blocages des grévistes aux portes des établissements, ou aux abords, selon les syndicats et des correspondants.

"Au moins une trentaine de magasins sont bloqués. Dans certains cas, les salariés bloquent les ronds-points d'accès aux hypermarchés", a affirmé Terglav Dejan secrétaire fédéral FGTA-FO, dont les propos ont été confirmés par Franck Gaulin, délégué syndical central CGT.

"Je n'ai jamais vu une mobilisation aussi importante"

Cet appel intersyndical est en effet peu habituel chez le géant de la grande distribution, le dernier remontant à février 2008. "C'est la première fois que je vois toutes les organisations appeler à la grève le même jour, après 38 ans chez Carrefour", a confié samedi Serge Corfa de la CFDT Services. "Je n'ai jamais vu une mobilisation aussi importante, touchant même de petits hypermarchés comme Beaucaire (dans le Gard) qui a suivi (le mouvement) à 80%", a-t-il ajouté. "Certains ont arrêté la grève après quelques heures. C'était prévu, le but n'étant pas de faire perdre excessivement d'argent à l'entreprise, mais de montrer le malaise profond des salariés", a indiqué Serge Corfa.

Les syndicats avaient maintenu leur appel malgré l'annonce in extremis, vendredi, par la direction qu'elle allait rouvrir les négociations, en dénonçant un "piège grossier" destiné à casser la mobilisation. Cette grève fait suite aux négociations salariales au cours desquelles la direction a proposé une augmentation de 1% en mars et de 1% en octobre, assortie d'une remise de 10% (au lieu de 7%) sur les achats dans les magasins de l'enseigne et d'une participation aux frais d'entretien des tenues de travail de 6 euros par trimestre.

Des augmentations en-deçà de l’inflation

FO, premier syndicat chez Carrefour avec environ 45% des voix, a jugé ces propositions "minimalistes" et refusé de signer un projet d'accord "qui n'augmente pas les salaires à la mesure de l'inflation annoncée à 2% en 2011". Pour soutenir le mouvement de grève, Jean-Claude Mailly, s'est rendu samedi matin au Mans.

Interviewé par téléphone sur Europe 1 samedi matin, le secrétaire général de FO en a appelé au "gouvernement "pour résoudre la situation, et a indiqué que "des problèmes" sont attendus samedi pour les Français qui voudraient faire leur courses.

>>> Retrouvezez l'intégralité de l'interview de Jean-Claude Mailly.

La direction promet un nouveau rendez-vous

La direction a proposé de reprendre mercredi les négociations salariales. Mais pour les trois syndicats, la direction "tente de casser la grève et de faire diversion en annonçant une nouvelle réunion de ‘négociations’ à la veille d'un mouvement social national qui s'annonce d'ampleur". "Cela ne change rien pour nous, c'est une tentative de déstabilisation, ça montre que notre mobilisation porte, le mouvement va être très suivi", a réagi Dejan Terglav, délégué FO.

"Depuis trois ans, nous avons perdu 10% de pouvoir d'achat", a poursuivi le délégué FO, "alors que les profits explosent et que nos dirigeants viennent de mettre en vente les magasins Ed avec à la clé six milliards qui vont aller dans les poches des actionnaires".

Carrefour a en effet annoncé en mars des bénéfices en hausse de 11% en 2010, à hauteur de 382 millions d'euros, malgré des charges exceptionnelles importantes dues notamment à la réorganisation du groupe au Brésil.