Cadres : gagner moins pour… être embauché ?
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Touchés par le chômage, ils seraient nombreux à accepter de baisser leur salaire un emploi.

Quelles concessions seriez-vous prêt à faire pour retrouver du travail ? C'est la question posée par l'institut de sondage Opinion Way-Opcalia. Selon l'étude, la moitié des licenciés économiques qui ont retrouvé du travail ont accepté de sacrifier une part de leur rémunération. Une situation particulièrement marquée chez les cadres.

C'est notamment le cas de Sybille. Ancienne cadre dans une grande banque, elle a été licenciée à son retour de congé maternité. L'argument invoqué par sa direction : la crise. Impossible ensuite de retrouver un  poste équivalent.  Elle a donc choisi d'accepter un emploi dans la finance, mais moins qualifié et forcément moins bien payé. Contactée par Europe 1, elle raconte les difficultés auxquelles elle s'est confrontée pour retrouver un travail.

Moins 30% de salaire

"Un travail équivalent, c'était quasiment introuvable. Donc, très vite, je me suis dit que le monde avait changé que si je ne m'adaptais pas à ce monde-là, je serai sur le bord de la route à attendre", raconte-t-elle. Sybille a donc été contrainte de revoir ses prétentions salariales à la baisse. "J'ai quand même baissé de 30% de salaire, plus de responsabilité de management", poursuit-elle.

Cette dernière reste toutefois positive et s'estime heureuse d'avoir un emploi. "Plutôt contente de trouver un travail qu'autre chose parce que je pense qu'aujourd'hui, il y a beaucoup plus de gens qui sortent que de gens qui entrent. J'étais avant tout soulagée de retrouver quelque chose et surtout soulagée de ne pas être au chômage", commente-t-elle.

Bien souvent, les personnes  prêtes à baisser leur salaire n'osent pas en parler. C'est notamment le cas d'une ancienne DRH joint par Europe 1, qui a préféré garder l'anonymat. Elle déplore le manque de reconnaissance du parcours effectué. Elle a dû diviser son salaire par deux.

Ne pas se dévaloriser

Pour le président de l'Association nationale des DRH, Jean Christophe Siderras, il ne faut pas accepter tous les compromis. Selon lui, cette posture dévalorisante peut être contre-productive pour le salarié. "Le conseil que l'on peut donner aux candidats, c'est de ne pas donner l'impression qu'ils sont prêts à tout pour obtenir un emploi. On a plutôt envie d'engager des gens dans la durée. Donc, on ne doit pas avoir le sentiment de quelqu'un qui prend un poste en se disant : 'j'ai un emploi tout de suite ça vaut mieux, et dès que je trouve autre chose,  je partirai si c'est mieux payé' ", constate le spécialiste joint au micro d'Europe 1.

Il ne faut pas non plus se rabaisser, conseille encore Jean Christophe Siderras.  "Il ne faut pas se dévaloriser, il ne faut pas inquiéter l'entreprise quant à l'engagement qu'on prend. On peut accepter une baisse de salaire mais elle doit restée limitée. Jusqu'à 15%, 20% de moins mais au-delà, cela ne paraît pas approprié", commente-t-il.

Selon l'étude d'Opinion Xay les femmes sont plus nombreuses à accepter des baisses conséquentes de leur salaire. 53% d'entre elle retrouvent un travail en acceptant de revoir leur salaire à la baisse après un licenciement.

L'autre catégorie correspond aux personnes ceux qui ont travaillé plus de dix ans dans la même entreprise.  Après avoir gravi tous les échelons, ils sont obligés de redescendre quelques marches quand ils perdent leur emploi.

"Senior" de plus en plus tôt

Enfin, la catégorie la plus touchée reste les seniors. D'autant qu'aujourd'hui, on est "vieux" de plus en plus jeune selon Marie José Kotlicki, secrétaire général de la CGT des cadres. "En pleine crise quand un cadre a plus de 40-45 ans, c'est une vraie galère pour qu'ils soient reconnus en tant que cadre dans un nouveau poste. D'ailleurs les cadres qui recherchent un emploi ont aujourd'hui  de plus en plus de mal pour retrouver un emploi au statut cadre. Et on a l'impression que les patrons utilisent le facteur crise comme un effet d'aubaine", déplore-t-elle au micro d'Europe 1.

En cette période de crise, le secteur le plus touché par les licenciements est donc celui de la finance, et notamment des banques d'investissement. La banque Dexia est en cours de démantèlement, tandis que la Société générale et la BNP Paribas ont annoncé la suppression de plusieurs centaines d'emplois.

Autre secteur très touché, l'automobile. L'heure est en effet aux économies pour Peugeot PSA et Renault, et les syndicats craignent de nouveaux licenciements après la présidentielle. Selon les professionnels, la situation devrait durer jusqu'à 2014.