"Buy european act" : le plan Sarkozy
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Le président-candidat a lancé l’idée de réserver aides et marchés publics aux entreprises de l’UE.

"Le libre-échange, oui ! La concurrence déloyale non !", a lancé Nicolas Sarkozy, dimanche lors de son meeting de campagne à Villepinte. Et le président de la République d’argumenter en envisageant une réforme de l’espace Schengen et en proposant un "Buy european act" sur le modèle du "Buy america act". De quoi s’agit-il exactement et qu’en pensent les économistes ? Europe1.fr vous livre un début de réponse en attendant que l’UMP précise ses projets.

Que l’Etat et les collectivités achètent européen

Le "Buy america act" est une loi fédérale américaine qui impose aux autorités d’acheter américain dans le cadre des marchés publics. Sur ce modèle américain, Nicolas Sarkozy souhaite que l'Etat ou les collectivités locales lancent des marchés publics en partie réservés aux entreprises européennes, et notamment aux PME.

Le deuxième volet de sa proposition concerne les aides publiques européennes, que le candidat-président veut réserver aux seules entreprises qui produisent en Europe.

"Une action vertueuse sur le sol européen"...

Cette forme de protectionnisme est accueillie positivement par Laurent Vronski, vice-président de l’association d’entrepreneurs Croissance Plus. "L’idée, bien évidemment, ce n’est pas de favoriser les sociétés qui vont juste avoir un bureau de représentation en France ou en Europe et qui vont avoir l’essentiel de leur production dans les pays asiatiques", décrypte-t-il.

"L’idée est de pouvoir avoir une action vertueuse au niveau économique sur le sol européen, donc de pouvoir récompenser en quelque sorte les entreprises qui produisent en Europe", poursuit Laurent Vronski, avant de conclure : "puisque ces sociétés payent des impôts, payent des taxes, emploient du personnel et payent des charges sociales en Europe, il me semble logique qu’il y ait un juste retour de cet argent fiscal".

... mais aussi une entorse à la libre-concurrence

Qu'une mairie qui doit acheter des voitures par exemple, soit contrainte d'inclure des voitures de marque européenne et fabriquées en Europe semble évident. Sauf qu’au lieu de miser sur le jugement des décideurs politiques, la proposition du candidat Sarkozy est de l’inscrire dans la loi.

Or une telle règle écrite constituerait une entorse à la libre-concurrence et s’attirerait rapidement les foudres de Bruxelles, mais aussi des pays comme le Royaume-Uni. Nicolas Sarkozy se dit pourtant prêt à y aller seul, s’il n'obtient pas l'unanimité européenne au bout d'un an.

Le revers de la médaille

Au-delà des obstacles diplomatiques, cette forme de protectionnisme peut aussi avoir un effet pervers, comme le souligne Nicolas Veron, de l'institut économique Bruegel à Bruxelles. "La question économique est de savoir quels seraient les effets de mesures de ce type sur l’emploi et sur la croissance. Et là, les choses sont très ambigües", rappelle-t-il.

"Quand on adopte ce type de restrictions, d’une part on s’expose de manière très immédiate aux mesures de rétorsion de la part de nos partenaires internationaux. D’autre part, cela renchérit le coût de certains produits, de certains services dans les cas où les concurrents internationaux les offriraient pour un prix inférieur, une meilleure qualité ou les deux", poursuit Nicolas Veron, avant de conclure : "là, il y a une question de l’utilisation de l’argent public qui se pose à un moment où on n’a pas énormément d’argent dans les caisses de l’Etat".