Booking, Expedia… les hôteliers sont-ils vraiment perdants ?

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Booking, Expedia… les hôteliers sont-ils vraiment perdants ?
@ DR Capture d'écran Booking.com
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VACANCES - Arnaud Montebourg a annoncé mardi avoir assigné en justice Booking.com, dénonçant certaines clauses du contrat qui lient le site de réservation et les hôteliers.

La guerre est ouverte entre les représentants des hôteliers et les sites de réservation en ligne. Et les premiers ont trouvé un allié de taille : Bercy a assigné Booking.com "à comparaître devant le Tribunal de commerce de Paris", a annoncé mardi le ministère dans un communiqué. La première audience, destinée à fixer le calendrier a eu lieu le jeudi précédent, a précisé à Europe 1 le cabinet d’Arnaud Montebourg. Objectif : pousser les centrales de réservation en ligne à revoir certaines clauses des contrats qu’elles proposent aux professionnels de l’hébergement, car ces derniers et Bercy les jugent abusives. Europe 1 a mené l’enquête pour savoir des hôteliers et des sites, qui sont les vrais gagnants de la réservation en ligne.

Comment fonctionnent ces sites ? Booking.com, Expedia, Voyages-SNCF, etc. sont à la fois des annuaires, des comparateurs et des moteurs de recherches et des sites de réservations. Les internautes ont le loisir de trouver un hôtel dans n’importe quelle ville et de payer sur le site leur chambre. L’argent est ensuite versé par le prestataire à l’hôtel en question, moyennant une commission. L’intérêt pour les consommateurs est d’avoir un choix plus important de chambres et de pouvoir faire jouer la concurrence. Selon une étude datée d’août 2013, réalisée par l’Institut Promise Consulting cité par Challenges, 86% des clients estiment payer moins cher en passant par un portail. L’argent étant le nerf de la guerre, le succès de ces sites est croissant : "60% du volume des réservations touristiques se fait en ligne et ça augmente", assure Roland Héguy, président confédéral de l’Umih (Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie). En effet, ces sites, rois du référencement en ligne, pèsent lourd dans le chiffre d’affaires des hôtels. "Il est passé de 11% en 2008 à 35% en 2013 et devrait peser 40% en 2014", détaille Roland Héguy. Or, les réservations réalisées via ces plateformes remplissent les hôtels de clients, au détriment des marges des hôteliers.

Capture d'écran homepage Booking.com

© Capture d'écran homepage Booking.com

Les commissions plombent les marges. Les professionnels dénoncent la hauteur des marges prises par les sites. En effet, Expedia récupère 25% du prix TTC de la chambre, Booking.com entre 15% et 17% selon l’importance de la ville où est situé l’hébergement. "Le taux de prélèvement moyen est de 16,1%", précise-t-on chez le site. Des taux de marges qui ont "augmenté dans le temps", assure Roland Héguy. "Je donne cinq chambres à Booking.com qui prend 15%, au final ça me coûte trois points de marge", résume Laurent Duc, directeur de l’hôtel L’Ariana à Villeurbanne et président de la branche hôtellerie de l’Umih. Même son de cloche à la direction de l’Umih : "le volume a bien augmenté, mais les marges ont été divisées par trois". Un jeu gagnant-gagnant au final que défend Booking qui rappelle ne pas avoir de plainte de leurs 36.000 "partenaires" et qui vantent les "très bonnes relations" entretenues avec eux.

Un hôtel n’a plus la main sur ses prix. Pourtant, les professionnels de l’hôtellerie estiment que les relations commerciales sont déséquilibrées. Selon le communiqué d’Arnaud Montebourg, les "clauses figurant dans les contrats de Booking interdisent notamment aux hôteliers de proposer directement aux consommateurs des tarifs plus attractifs que ceux qu'il propose sur son site". Une affirmation confirmée tant par Booking.com que par l’Umih à Europe 1. Le contrat, librement signé par les hôteliers auprès de Booking.com, stipule que les hôtels doivent assurer au site une "parité tarifaire". Autrement dit : le prix publiquement affiché ("sur internet", précise-t-on chez Booking.com) par l’hôtelier ne peut être inférieur à celui proposé par le site. Toutefois, "c’est l’hôtelier qui fixe le prix de la chambre qui sera affiché sur le site", rappelle-t-on chez Booking.com.

Dans les faits, "les sites de réservations vont vendre une de nos chambres 5 euros de moins pour finalement facturer d’autres frais à côté à hauteur de cinq euros", précise à Europe 1 Laurent Duc, patron de L’Ariana. Cette politique "nuit à la fois à la compétitivité du secteur hôtelier (...) et aux consommateurs", juge le ministère. "On est dans une guerre des prix permanente qui tire la qualité du service vers le bas", renchérit le patron d’hôtel.

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Les hôtels doivent des chambres aux sites. L’Umih dénonce la volonté de sites comme Booking.com ou Expedia de s’octroyer un certain nombre de chambres dans leurs établissements. "Ils imposent d’avoir à leur disposition un certain nombre de chambres, en haute et basse saison, même pendant les événements exceptionnels comme la Fête des lumières", assure le patron de L’Ariana.

Les contrats fournis par Booking précisent que "la parité des disponibilités signifie que l’hébergement doit fournir à Booking.com des disponibilités (c’est-à dire, les logements disponibles à la réservation sur le site internet) au moins aussi favorables que celles fournies à tout concurrent de Booking.com (y compris à toute agence ou tout intermédiaire de réservation en ligne ou hors ligne) et/ou à tout autre tiers (en ligne ou hors ligne) étant un partenaire commercial de l’hébergement ou étant lié audit hébergement."

Autrement dit, Booking n’impose pas un nombre de chambres à un hôtelier. Il exige, contractuellement, d’avoir autant de chambres que toutes celles mises à disposition par son partenaire à d’autres prestataires. "Booking devient le plus gros hôtelier de France, alors qu’il n’est à la base qu’un simple prestataire", déplore Laurent Duc. Et de craindre que cette situation oligopolistique de ces plateforme soit à terme néfaste tant pour les hôteliers, que pour les consommateurs.

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