Bisbilles dans le luxe français

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Bisbilles dans le luxe français
@ REUTERS
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LVMH a racheté 17% d’Hermès, suscitant la crainte d’une OPA. L’AMF ouvre une enquête.

Le groupe Louis Vuitton Moët Hennessy (LVMH), l’un des champions du luxe français, lorgnait depuis longtemps sur la maison Hermès, une griffe aussi célèbre que prospère. Depuis qu’il a révélé mercredi avoir discrètement accumulé 17,1% du capital, les héritiers de la famille Hermès s’inquiètent, forçant l’autorité des marchés financiers (AMF) à intervenir.

Le gendarme de la Bourse de Paris a donc annoncé vendredi qu'une enquête serait ouverte sur les conditions dans lesquelles s'est effectuée la montée du groupe de luxe LVMH au capital de son concurrent Hermès.

Un assaut capitalistique en douce ?

Le groupe LVMH créé la surprise en révélant le 23 octobre qu'il avait accumulé sur plusieurs années 17,1% du capital d'Hermès. Or la réglementation française oblige tout investisseur à déclarer ses opérations lorsque ses investissements dépassent certains seuils (5%, 10% et 15% du capital).

Pour contourner cette obligation, le groupe LVMH a eu recours à des intermédiaires, en l’occurrence des banques, pour racheter au fur et à mesure des actions Hermès. Une fois le volume d’actions cumulées assez important, LVMH les a officiellement achetées.

Or le groupe de Bernard Arnault n'est pas n’importe qui, il s’agit du numéro un mondial du luxe. Les héritiers qui détiennent le capital d’Hermès ont donc soudainement compris qu’ils pourraient à terme perdre le contrôle de l’entreprise.

Hermès veut bouter Arnault

"La famille le dit clairement et à l'unanimité : si vous voulez être amical, Monsieur Arnault, il faut vous retirer", ont donc réagi mercredi dans Le Figaro le gérant d'Hermès, Bertrand Puech, et le président du conseil de gérance, Patrick Thomas.

"Cette opération est tout à fait pacifique. Ce qui est hostile, c'est plutôt d'exiger de nous de vendre nos actions", a répliqué Bernard Arnault dans le Figaro Economie, avant d’argumenter : "je pense en outre que notre arrivée est probablement le meilleur moyen de préserver l'ancrage français et le caractère familial de cette entreprise".

L’AMF s’interpose

Le président de l'Autorité des marchés financiers Jean-Pierre Jouyet est sorti de sa réserve vendredi pour annoncer qu'une "enquête sera ouverte" sur les conditions dans lesquelles s'est effectuée la montée du groupe de luxe LVMH au capital de son concurrent Hermès. Une manière de forcer chacun des acteurs à jouer carte sur table.

Jean-Pierre Jouyet s'était déjà exprimé sur l'affaire, en reconnaissant que le stratagème utilisé par LVMH n'était pas en soi illégal au regard de la loi. Mais "la réglementation est mal faite parce que vous pouvez contourner les seuils", avait-il ajouté, regrettant que “trop souvent, la France reste le Far West en matière de prise de contrôle des sociétés, de dépassement de seuil".