Bas salaires : l’Allemagne pointée du doigt par Bruxelles

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Bas salaires : l’Allemagne pointée du doigt par Bruxelles
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Le commissaire européen chargé de l‘emploi, Laszlo Andor, a jugé dimanche "indispensable" une hausse des salaires. 

L’Allemagne est-elle trop forte, trop vertueuse et surtout trop égoïste ? Bruxelles, par la voix de son commissaire européen chargé de l‘emploi, Laszlo Andor, a jugé dimanche dans le quotidien allemand Die Welt, "indispensable" une hausse des salaires en Allemagne. Selon lui, une telle mesure permettrait de relancer l’ensemble de l’économie européenne en stimulant la consommation et les investissements publics.

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Des bas salaires hors du temps. Le commissaire européen estime que "la hausse des salaires est restée en retrait par rapport à l'évolution de la productivité" depuis plus de dix ans en Allemagne. En effet, durant les années 90 et suite à la réunification, l’Allemagne était considérée comme « homme malade de l’Europe ». Mais les réformes menées sous le chancelier Schroeder au début des années 2000, ont permis des gains de compétitivité importants, en serrant la vis sur les salaires. Toutefois, l’économie allemande est depuis au zénith européen et le maintien des salaires à un bas niveau n’a plus de raison d’être, estime Laszlo Andor.  

L’idée d’une hausse des salaires a même été évoquée par le très rigoriste patron de la Bundesbank. Jens Weidmann, a notamment estimé que les salaires avaient une marge de progression de 3% dans un pays où, par endroits "nous sommes quasiment en situation de plein emploi".

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Une économie qui n’a pas fait sa transition. "Il serait très important que l'Allemagne multiplie les investissements publics, stimule la demande et réduise ses excédents commerciaux excessifs, qui font du tort à ses voisins européens. Dans cet objectif, un changement de la politique salariale est indispensable, du point de vue de la commission", a expliqué le commissaire européen. Une vision partagée par Eric Heyer, directeur adjoint au département analyse et prévision de l’OFCE qui a rappelé à Europe 1 que « l’Allemagne est dans un modèle de croissance qui n’est pas celui d’une locomotive, car elle est tirée par l’extérieur ».  Autrement dit, le géant allemand est dans un modèle d’une petite économie en rattrapage et non dans une position de leader économique européen.

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Trop d’exportations tuent la croissance. Les excédents commerciaux semblent être une bonne nouvelle sur le papier. Pourtant, dans une zone euro toujours en plein marasme économique, le différentiel de compétitivité limite la croissance allemande. En effet, les salaires sont trop bas pour dynamiser le pouvoir d'achat des foyers du plus grand marché de la zone. Une mauvaise nouvelle pour les entreprises allemandes qui ne trouvent pas de débouchées dans leur propre pays, mais aussi pour les voisins européens qui n’arrivent pas à vendre outre-Rhin. Or, « on s’aperçoit en Allemagne que même sans austérité, la croissance n’est pas au rendez-vous. Elle a donc intérêt à relancer la croissance en Europe », assure Eric Heyer.  

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La France, supporter de la relance allemande. La France est coutumière des appels du pied en ce sens, dernièrement encore de la part du président François Hollande. La rhétorique a aussi ses partisans en Allemagne, notamment chez les sociaux-démocrates, à l'origine de la loi sur le salaire minimum, qui doit entrer en vigueur au 1er janvier 2015. Mais le ralentissement de l'économie allemande au deuxième trimestre jette un voile sur ces velléités de hausses de salaires. La croissance du pays a accusé un recul de 0,2% entre avril et juin. Dans ce contexte, le patronat allemand a déjà averti que les négociations salariales sectorielles prévues dans les prochains mois "allaient être difficiles".

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