Autoroutes : l’Etat pris à son propre jeu

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Autoroutes : l’Etat pris à son propre jeu
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IMBROGLIO – Le gouvernement s’attaque depuis la rentrée aux gestionnaires d’autoroutes. Quitte à dénoncer ce qu’il a entériné.

La future hausse des tarifs des autoroutes, +0,57% au 1er février, ne passe pas du côté du gouvernement. Après Emmanuel Macron en novembre, ce fut au tour de Ségolène Royal de réclamer "un gel des tarifs des autoroutes en 2015". Une demande accompagnée d’une menace : l’Etat serait prêt à remettre en cause les concessions qui ont confié la gestion des autoroutes à des opérateurs privés. Sauf que cette future hausse tarifaire a été décidée en 2013... avec l’accord du gouvernement.

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ayrault et hollande

Une réminiscence du plan de relance autoroutier. Retour en 2013 : la situation de l’emploi ne cesse de se dégrader et inquiète le gouvernement, et pas seulement parce que le président de la République promettait alors une inversion de la courbe du chômage. Le gouvernement concocte alors un plan de relance autoroutier censé se traduire par la création de 15.000 emplois.

Sauf que l’Etat n’a plus d’argent et qu’il a déjà confié l’entretien des autoroutes à des entreprises privées en 2006. L’Etat négocie donc avec ces derniers des investissements en échange d’un prolongement de leurs concessions. Et comme les déficits se creusent, il en profite pour augmenter la redevance domaniale qu'il imposait aux sociétés d'autoroute. La modification de cette taxe, une sorte de loyer payé par les concessionnaires, doit rapporter 100 millions d’euros.

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contrat, embauche

Des hausses validées par le gouvernement. Mais les entreprises qui gèrent les autoroutes avaient prévu dans leurs contrats passés avec l’Etat que toute modification des règles du jeu ne devait pas avoir d’incidence sur leur rentabilité. Vinci Autoroute, Eiffage et consorts demandent donc à l’Etat de pouvoir répercuter cette nouvelle ponction sur leurs clients, les automobilistes.

L'Etat a alors accepté que les sociétés d'autoroutes prévoient une hausse des péages d'1,5% étalée sur 2015-2018 qui s'ajoute aux hausses annuelles classiques. Une hausse de 0,57% est donc d'ores et déjà prévue au 1er février 2015.

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"L'Etat a accepté", rappelle Eiffage. Pierre Berger, le PDG du groupe de BTP Eiffage, qui exploite des autoroutes via sa filiale APRR, ne disait rien d’autre mercredi matin. "Lorsque nous avons négocié le plan de relance qui a été paraphé, l'Etat a souhaité augmenter la redevance domaniale de 100 millions d'euros par an", a-t-il souligné sur BFM Business. Avant d’ajouter : "nous avons payé 100 millions d'euros en 2014, et ces 100 millions d'euros, par contrat, sont compensés. L'Etat a accepté que cette compensation se fasse sous forme d'augmentation de tarifs de péage".

L’alternative : lisser les hausses dans le temps. Rattrapé par ses propres engagements, le gouvernement peut difficilement revenir sur ces hausses. Et ce, même si l'Autorité de la concurrence a estimé en septembre que les gestionnaires bénéficiaient d’une rentabilité injustifiée, allant jusqu'à parler de "rente". Une "solution" semble néanmoins se dessiner, même si elle ne fait que reporter le problème : les deux hausses prévues pourraient être lissées dans le temps de façon à rendre l'augmentation quasi neutre l'an prochain.